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Entrée en vigueur de l’embargo sur le pétrole russe. L’Europe tiendra-t-elle le coup?

Une première dans les annales. L’UE s’accorde enfin au prix d’un haut risque sur un «embargo» massif et provisoire du pétrole russe. Les Vingt Sept se sont en effet convenus sur un compromis qui devrait permettre de réduire d’environ 90% de leurs importations de l’or noir russe. Et la Russie? Ce pays qui ne maintient pas le suspense sur son intervention militaire en Ukraine, a d’autres alternatives pour faire tourner son économie. Le vieux continent qui s’approvisionne à hauteur de 40 % du pétrole russe, tiendra-t-il le coup? La nouvelle qui a fait le tour de la planète, a de quoi, en effet, laisser les analystes et les experts du pétrole pantois. Pourquoi l’Europe jouera-t-elle à ce point son avenir économique et quels en seront aussi le prix et les sacrifices à payer? L’UE décide un «plan Marshall» pour sortir de la crise du pétrole, à la suite du conflit Ukraino-russe. Elle opte pour une exemption temporaire afin de lever l‘option du veto hongrois, allié de la Russie. Pour cela, elle plafonne les prix du pétrole russe à 60 dollars, acheminé par oléoduc. Il est donc certain que l’embargo sur le pétrole russe et le plafonnement des prix à 60 dollars le baril vont réduire les revenus que la Russie a tirés de l’or noir. Les pays de l’Union ont conclu un accord afin d’acheter le pétrole russe à pas plus de 60 dollars le baril. Un accord qui a pu être arraché après que l’Union européenne ait pu rallier la Pologne qui s’était d’abord montrée sceptique à l’égard du prix fixé, réclamant un prix plus bas que 60 dollars. A deux jours de l’entrée en vigueur de cet accord historique, l’Europe se serre le ventre mis se veut toutefois optimiste comme si l’impact provisoire, jusqu’à la fin de 2022, n’aurait pas de graves répercussions sur son économie. C’est une première dans l’histoire. L’Union européenne (UE), les pays du G7 et l’Australie, ont imposé, lundi, un plafonnement du pétrole russe transporté par voie maritime à 60 dollars le baril. Le même jour, l’embargo européen sur ce pétrole est entré en vigueur, plusieurs mois après celui des États-Unis et du Canada. Les deux mesures ont pour objectif de frapper financièrement la Russie pour la guerre qu’elle mène contre l’Ukraine. La réaction des marchés est restée modérée. « De telles mesures n’auront pas d’impact » sur l’intervention militaire, a en effet déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Il affirme que l’économie russe a « toutes les capacités nécessaires » pour financer cette guerre. « En revanche, ces mesures auront, sans aucun doute, un impact sur la stabilité des marchés mondiaux de l’énergie. C’est un pas vers leur déstabilisation », a-t-il ajouté. La Russie dit aussi qu’elle « prépare » des mesures de rétorsion, sans donner de détail. Pourtant, au premier jour de l’application de ces décisions, les marchés ne semblaient pas déstabilisés. « Je ne m’attends pas à un effet majeur de ces mesures sur les marchés », dit Adel El Gammal, spécialiste en géopolitique de l’Énergie et professeur à l’ULB. « Le pétrole de l’Oural se vend aux alentours de 70 dollars le baril. Cela représente une diminution importante de revenus pour la Russie, mais cela ne déstabilisera pas les marchés car la Russie devra continuer à vendre son pétrole ». Il convient, toutefois, de rester prudent sur l’effet de ces mesures à plus long terme. « C’est du jamais vu, c’est la première fois que l’on régule les prix du pétrole. On entre dans une grande incertitude », ajoute-t-il. Le plafonnement prévoit que seul le pétrole vendu à un prix égal ou inférieur à 60 dollars le baril continuera à être vendu. Au-delà de ce prix, les compagnies européennes de négoce, de fret et d’assurance ne pourront plus fournir leurs services. Comme ces sociétés représentent 90% du secteur mondial, il y a peu de chance de voir le pétrole russe vendu dans les pays tiers à un prix dépassant le plafond. Moult analystes estiment que les pays n’appliquant pas l’embargo vont tirer profit de la situation. « Ces pays se retrouvent dans une position de force par rapport à la Russie pour obtenir son pétrole à un prix plus bas », dit-il. La Russie a très peu d’alternatives aux compagnies européennes de fret et d’assurance. « La Russie peut activer ses propres services, elle peut aussi développer de nouvelles infrastructures de transport. Mais ce sera long et coûteux pour elle », estime Adel El Gammal. Cette mesure vise à assécher les revenus de Moscou, à la différence du plafonnement des prix du gaz, en cours de négociation, qui vise à limiter la hausse des prix de l’énergie. La Russie va devoir baisser les prix pour trouver acquéreur, mais aussi dépenser davantage pour financer la redirection de son pétrole, ce qui va réduire les revenus qu’elle tire du pétrole. Or, le pays est en pleine récession, son PIB ayant reculé de -4,1% lors du deuxième trimestre et de -4% lors du troisième. « L’embargo sur le pétrole et le plafonnement des prix vont forcer Poutine à faire des choix difficiles », résume Adel El Gammal, « il est clair que les sanctions contre la Russie commencent à avoir des effets sur son économie ».

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