L’Algérie ajuste ses tarifs de gaz

L’Algérie entend profiter des turbulences géopolitiques pour réajuster les tarifs de ses exportations de gaz vers l’Europe, alors que la guerre en Iran et la crise énergétique qui en découle mettent sous pression le marché mondial. Selon Bloomberg, Sonatrach négocie actuellement avec l’italienne Eni pour sécuriser l’approvisionnement en gaz, tout en demandant à l’Italie d’acheter tout surplus sur le marché spot, où les prix sont plus élevés. L’Italie, qui a perdu ses approvisionnements russes, devient ainsi le principal client européen de l’Algérie, qui couvre près de 30 % de sa consommation. La visite prochaine de la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, à Alger vise à renforcer ces discussions. Cette dynamique intervient alors que l’Europe cherche à compenser l’incertitude liée aux frappes iraniennes sur les infrastructures gazières du Qatar. Le pays a suspendu une partie de sa production, aggravant la tension sur le marché et intensifiant l’intérêt européen pour le gaz algérien. L’Espagne, également raccordée à l’Afrique du Nord via gazoduc, négocie de son côté des volumes supplémentaires. Alger dispose d’atouts stratégiques pour tirer parti de cette situation. Selon la plateforme Energy Research Unit, la partie algérienne prévoit d’augmenter de 15 à 20 % les prix du gaz supplémentaire convenu avec ses partenaires européens, que ce soit par gazoduc ou GNL. Les infrastructures de Sonatrach peuvent livrer jusqu’à 43 milliards de mètres cubes par an, avec près de 30 milliards déjà exportés en 2025. La production devrait encore croître avec la mise en service de nouveaux gisements et complexes de traitement, comme Ain Tsila et Rhourde El Baguel, offrant près de 7 milliards de mètres cubes/an supplémentaires dès 2026, relaye Eco Times. Pour les experts, cette stratégie algérienne répond à un marché sous tension. Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, avertit que la sécurité d’approvisionnement est désormais aussi cruciale que la production elle-même, citant le risque d’atteinte aux économies si le Golfe Persique reste perturbé. Les producteurs européens, confrontés à des prix élevés et à la volatilité, pourraient accepter des conditions plus strictes pour garantir la livraison. Ainsi, l’Algérie se positionne à la fois comme fournisseur fiable et acteur stratégique, capable d’augmenter ses volumes tout en valorisant ses exportations. La renégociation en cours ne se limite pas aux tarifs : elle illustre un réajustement global de l’équation énergétique européenne face à l’incertitude mondiale.


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