Recycler pour réinventer

Il suffit parfois d’une poignée de bouteilles en plastique déposées par des enfants dans un centre commercial pour entrevoir une révolution silencieuse. À Alger, lors de la clôture de l’initiative pilote de tri et récupération, la ministre Kaouter Krikou n’a pas seulement célébré les 65 kilogrammes collectés : elle a salué un mouvement naissant, porté par les écoles, la société civile et les collectivités, qui tente de transformer de simples gestes en réflexes durables. Le plastique, omniprésent et encombrant, reste un défi de taille. Représentant 15 % du volume global des déchets, dont près de 4 % de bouteilles PET, il est à la fois nuisance et opportunité. Fatma Zohra Barça, de l’Agence nationale des déchets, insiste : chaque bouteille abandonnée est un «gisement stratégique» pour l’économie circulaire, une matière première prête à être revalorisée. La loi 25-02, adoptée en 2025, fixe le cadre, mais seule l’appropriation collective pourra transformer cette ambition légale en succès concret.
Les chiffres témoignent d’un engouement palpable : le nombre d’entreprises opérant dans le recyclage a bondi de 14 229 en 2020 à près de 19 500 aujourd’hui, et plus de 20 000 acteurs sont désormais mobilisés, entre collecteurs, start-up et industriels. L’économie circulaire n’est plus une abstraction : elle devient source d’emplois, d’innovation et de richesse. La ministre Amel Abdellatif souligne que ce dynamisme, soutenu par l’accompagnement technique de l’AND et des dispositifs financiers, traduit l’adhésion croissante de la jeunesse à ce secteur porteur.
Sur le terrain, le numérique offre une nouvelle dimension. La plateforme Moustafid connecte ménages, collecteurs et industries, traçant chaque déchet depuis sa source jusqu’au centre de recyclage. La transparence et la traçabilité ne sont plus des options : elles deviennent le socle d’une stratégie nationale capable de mobiliser investisseurs et citoyens autour d’un même objectif : transformer ce que nous jetons en ressource. Mais au-delà des chiffres et des plateformes, le véritable enjeu est culturel. Si des enfants peuvent apprendre à trier une bouteille, pourquoi les adultes ne pourraient-ils pas faire de chaque déchet un levier pour une Algérie plus propre et durable ? Parce que recycler, ce n’est pas seulement gérer les déchets : c’est réinventer notre rapport au monde, une bouteille à la fois.


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