Gaz, l’Algérie au cœur du jeu européen

Il suffit parfois d’une crise pour rebattre les cartes énergétiques mondiales. Depuis la fin février et l’escalade au Moyen-Orient, le marché du gaz est entré dans une nouvelle phase de tension. Blocage du détroit d’Ormuz, hausse des prix en Europe — près de 52 euros le mégawattheure (+2 %) selon Belga — et inquiétudes sur les approvisionnements : dans ce contexte, un acteur revient au centre du jeu, l’Algérie. Les chiffres sont sans appel. Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont bondi de 74 % au début du mois de mars, atteignant 462 000 tonnes contre 250 000 en février, selon l’Energy Research Unit, relayée par TSA. Une progression rapide, presque mécanique, dictée par l’urgence des marchés. La France, notamment, a vu ses importations passer de 65 000 à plus de 108 000 tonnes en une semaine. Ce regain d’intérêt n’a rien d’un hasard. L’Algérie bénéficie d’un avantage stratégique majeur : sa proximité avec l’Europe et des routes d’approvisionnement moins exposées aux tensions du Golfe. Dans un marché sous pression, la sécurité d’accès devient aussi importante que le prix. À Madrid, cette réalité s’impose déjà. L’Espagne envisage d’augmenter ses importations de gaz algérien via gazoduc et d’utiliser ses capacités au maximum, selon des informations rapportées par Bloomberg. Un signal clair : pour l’Europe, l’Algérie n’est plus seulement une option, mais une nécessité immédiate. Mais cette dynamique dépasse l’urgence. Elle s’inscrit dans une recomposition plus large du marché gazier mondial. Entre fluctuations de production aux États-Unis, contraintes logistiques et tensions géopolitiques, les prix restent volatils. À titre d’exemple, les contrats à terme américains ont encore progressé récemment malgré une demande modérée, illustrant un marché instable, selon Reuters. Dans ce paysage mouvant, l’Algérie avance ses pions. À court terme, elle capte la demande européenne. À moyen terme, elle prépare l’avenir, notamment avec le projet de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à la Méditerranée, dont la phase opérationnelle doit débuter en 2026 selon Sonatrach. Reste une question essentielle : cette fenêtre est-elle conjoncturelle ou durable ? Car dans le monde du gaz, une certitude demeure : les crises passent, mais les équilibres, eux, ne cessent d’évoluer.


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