Soudan, le cri d’alarme de l’ONU

Le Soudan continue de sombrer dans une guerre meurtrière, loin des projecteurs de l’actualité internationale. Après quelques jours de «calme relatif», les combats ont repris ces derniers jours entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide «FSR», illustrant l’enlisement d’un conflit qui dure depuis avril 2023. Sur le terrain, chaque camp revendique des avancées. Les paramilitaires des FSR affirment avoir repris la ville stratégique de Bara, dans l’État du Kordofan-Nord, située sur un axe routier reliant Omdourman à l’ouest du pays. L’armée soudanaise affirme, de son côté, avoir repoussé une offensive contre la ville de Dilling, dans le Kordofan-Sud. Dans le Darfour, les FSR disent également avoir pris plusieurs localités proches de la frontière avec le Tchad, une zone qui constituait l’un des derniers bastions des forces alliées à l’armée. Ces annonces restent toutefois difficiles à vérifier de manière indépendante, tant l’accès au terrain est limité, selon les agences de presse. Mais au-delà de ces batailles de territoires, c’est surtout la situation des civils qui inquiète. Les Nations unies multiplient les mises en garde. Le Haut-commissaire aux Droits de l’Homme, Volker Türk, s’est dit alarmé par l’intensification des attaques contre les populations et par l’usage croissant de drones explosifs dans des zones habitées. Selon l’ONU, plus de 200 civils ont été tués par des frappes de drones depuis le début du mois de mars, notamment dans les régions du Kordofan et du Nil Blanc. Certaines attaques auraient visé des marchés, des hôpitaux ou des véhicules transportant des civils, des cibles protégées par le droit international humanitaire. Le 4 mars, une frappe de drone aurait notamment touché un marché et un hôpital à Al-Muglad, faisant au moins 50 morts. La guerre qui oppose le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, à son ancien allié Mohamed Hamdan Daglo, chef des FSR, a déjà provoqué des dizaines de milliers de morts et plus de 11 millions de déplacés, selon les Nations unies et l’AFP. Plus inquiétant encore, certaines enquêtes évoquent l’utilisation de la famine comme arme de guerre. Une analyse citée par The Guardian, basée sur des images satellites et les travaux du Humanitarian Research Lab de l’université de Yale, indique que plus de quarante communautés agricoles du Darfour ont été attaquées en 2024, avec des villages brûlés et des terres détruites afin d’empêcher la production alimentaire. Malgré l’ampleur du drame, le Soudan reste aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus graves et les plus ignorées au monde.


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