Marché gazier entre crise et rééquilibrage

Les marchés mondiaux du gaz naturel traversent une phase de forte volatilité, largement liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. En Europe, les prix ont nettement progressé ces dernières semaines. Le contrat de référence du gaz sur le hub néerlandais TTF a ainsi frôlé les 70 euros par mégawattheure, contre environ 30 euros avant l’escalade du conflit impliquant l’Iran. Cette hausse reflète notamment les inquiétudes concernant la sécurité des approvisionnements énergétiques. La situation est en effet étroitement liée au rôle stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié «GNL». Les tensions militaires ont perturbé certaines expéditions et renforcé la concurrence entre les importateurs pour accéder aux cargaisons disponibles sur le marché mondial. L’Europe, déjà fragilisée par la baisse des flux de gaz russe depuis 2022, dépend de plus en plus du GNL pour sécuriser son approvisionnement. Selon des analyses d’experts du secteur présentées lors de discussions liées au salon énergétique d’Abou Dhabi «ADIPEC», l’arrêt ou la réduction de certaines productions dans le Golfe, notamment au Qatar, accentue les pressions sur l’offre mondiale. Or, les capacités de production supplémentaires de GNL restent limitées à court terme, ce qui rend le marché particulièrement sensible à toute perturbation. Dans ce contexte, la concurrence entre l’Europe et l’Asie pourrait s’intensifier. Si les flux provenant du Golfe diminuent, les acheteurs asiatiques pourraient capter davantage de cargaisons initialement destinées au marché européen, contribuant à maintenir les prix à un niveau élevé. Par ailleurs, la faiblesse relative des stocks de gaz européens à la sortie de l’hiver accentue la vulnérabilité du continent face à de nouvelles tensions. Malgré ces incertitudes, certains acteurs de l’industrie estiment que les perturbations pourraient rester temporaires. Le directeur général du groupe américain Venture Global, Mike Sabel, a ainsi déclaré que la volatilité actuelle sur les marchés du GNL devrait être «très courte», tout en se disant confiant dans la solidité du marché à moyen et long terme grâce aux investissements en cours et au retour progressif des capacités d’approvisionnement, relaye Reuters. À plus long terme, ces tensions pourraient accélérer les stratégies de diversification énergétique. Les importateurs cherchent à multiplier les sources d’approvisionnement en GNL tout en renforçant les investissements dans les énergies renouvelables afin de réduire leur dépendance aux chocs géopolitiques.


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