La transplantation d’organes en Algérie a connu des avancées notables au cours des dernières décennies, mais ce domaine vital reste confronté à un défi majeur : la rareté des donneurs. Malgré les progrès médicaux et les compétences développées par les équipes hospitalières, des milliers de patients continuent d’attendre une greffe qui pourrait leur sauver la vie. Selon le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et président du comité d’éthique médicale au CHU Mustapha-Pacha d’Alger, près de 1.600 transplantations d’organes ont été réalisées en Algérie depuis 1986. Un chiffre qui reflète l’évolution progressive de cette discipline médicale, mais qui reste insuffisant au regard des besoins actuels. Aujourd’hui, environ 32.000 patients sont inscrits sur les listes d’attente pour une greffe de rein, de foie ou de cornée dont près de 15.000 souffrant d’insuffisance rénale nécessitant une transplantation. Les débuts de la transplantation en Algérie remontent à 1977, avec la première greffe de cornée réalisée au CHU Mustapha-Pacha. La première greffe rénale a été effectuée quelques années plus tard, en 1986, marquant le début du développement de cette spécialité dans le pays. Depuis, plusieurs établissements hospitaliers universitaires ont contribué à renforcer les capacités nationales. Le CHU de Batna, notamment, s’est distingué ces dernières années en réalisant près de 60 % des greffes rénales enregistrées à l’échelle nationale. Cependant, le principal obstacle au développement de la transplantation ne réside pas dans les capacités médicales, mais dans le manque de donneurs. Dans la société algérienne, la question du don d’organes reste sensible notamment en raison de l’attachement au respect du corps après la mort et de l’obligation d’obtenir l’accord de la famille avant tout prélèvement. Pourtant, plusieurs fatwas religieuses autorisent et encouragent le don d’organes, considéré comme un acte de solidarité permettant de sauver des vies. Dans la pratique, les dons se font le plus souvent au sein du cercle familial, tandis que le don destiné à des personnes non apparentées demeure encore limité. Face à cette situation, les spécialistes appellent à renforcer les campagnes de sensibilisation à travers les mosquées, les écoles et les médias afin de promouvoir la culture du don d’organes. Parallèlement, les autorités envisagent plusieurs mesures pour dynamiser ce secteur, notamment la relance de l’Agence nationale des greffes, la création d’un registre national du don d’organes et la numérisation des procédures. L’élargissement des programmes de transplantation, avec notamment l’annonce prochaine de la greffe cardiaque, devrait également contribuer à réduire les listes d’attente et à améliorer la prise en charge des patients.



