Blé, achats prudents dans un marché nerveux

Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes, l’Algérie poursuit sa stratégie d’approvisionnement en blé afin de sécuriser son marché intérieur. Selon des informations rapportées par Reuters, l’Office algérien interprofessionnel des céréales aurait acquis du blé meunier lors d’un appel d’offres international lancé mardi, pour un volume estimé autour de 200 000 tonnes. Les négociants européens indiquent que la cargaison serait destinée principalement au port de Mostaganem, avec un prix évalué à environ 291 dollars la tonne, coût et fret compris. Aucun achat n’aurait, dans un premier temps, été confirmé pour le port de Ténès, les prix étant jugés relativement élevés dans le contexte actuel du marché mondial. L’origine du blé reste «optionnelle», même si les opérateurs estiment qu’il pourrait provenir majoritairement de la région de la mer Noire, devenue ces dernières années un fournisseur important pour le marché algérien. Cette opération intervient alors que les marchés céréaliers traversent une période de forte volatilité, largement influencée par la crise géopolitique au Moyen-Orient. Les fluctuations brutales des prix du pétrole et les tensions dans les routes maritimes, notamment autour du détroit d’Ormuz, ont entraîné une hausse des coûts de transport et d’assurance, répercutée sur les prix des grains. Les analystes soulignent que ces incertitudes pèsent déjà sur les décisions d’achat de plusieurs importateurs. «Les acheteurs attendent généralement de voir ce qui va se passer», a ainsi confié un négociant européen cité par Reuters, évoquant une attitude de prudence face à la volatilité des marchés. Dans le même temps, les fondamentaux du marché mondial restent suivis de près par les opérateurs. Selon Arlan Suderman, économiste en chef des matières premières chez StoneX, «le secteur des grains se recentre sur les fondamentaux de l’offre et de la demande après la publication du rapport WASDE de l’USDA». Ce dernier souligne que les perspectives dépendront également des politiques énergétiques et des marchés des biocarburants. À plus long terme, certaines organisations internationales anticipent une évolution contrastée du marché. Les premières projections de la FAO évoquent une production mondiale de blé d’environ 810 millions de tonnes en 2026, soit une légère baisse d’environ 3 %, ce qui pourrait maintenir les prix sous pression si la demande mondiale continue de progresser. Dans ce contexte incertain, les achats réguliers de l’Algérie traduisent avant tout une logique de sécurisation des approvisionnements, alors que les marchés agricoles restent étroitement liés aux tensions géopolitiques et énergétiques mondiales.


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