Le choc pétrolier en suspens

Il aura suffi de quelques mots pour faire vaciller les marchés, puis les apaiser. En annonçant le report de frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes après des discussions jugées «très bonnes», Donald Trump a offert un répit inattendu à une planète sous tension alors que la partie iranienne a nié tout accord ou négociation. En quelques heures, le pétrole a décroché de près de 10 %, les Bourses européennes ont inversé la tendance et les taux d’intérêt ont amorcé une décrue. Comme si, soudain, la guerre pouvait attendre. Mais cette accalmie tient davantage du souffle suspendu que du véritable apaisement. Car derrière les déclarations américaines, les lignes de fracture demeurent intactes. Téhéran, oscillant entre ouverture affichée et fermeté stratégique, n’écarte jamais l’ombre d’une menace directe notamment celle de miner le Golfe et de paralyser les routes maritimes en cas d’attaque. Une hypothèse lourde de conséquences, tant le détroit d’Ormuz concentre à lui seul près de 20 % des flux mondiaux d’hydrocarbures. Déjà, le trafic y est quasi à l’arrêt, transformant ce passage stratégique en véritable goulot d’étranglement énergétique. L’alerte lancée par l’Agence internationale de l’énergie résonne alors comme un avertissement sans détour. Son directeur, Fatih Birol, évoque la «pire crise énergétique depuis des décennies», avec des perturbations atteignant 11 millions de barils par jour — davantage que les deux chocs pétroliers des années 1970 réunis. Plus de 40 installations énergétiques endommagées, des chaînes d’approvisionnement fragilisées et une onde de choc qui dépasse largement le seul pétrole : engrais, gaz, pétrochimie… c’est toute l’économie mondiale qui vacille. Face à cette menace, Washington tente de jouer sur deux tableaux. D’un côté, la fermeté stratégique et de l’autre, des mesures d’apaisement. Libération de réserves stratégiques - plusieurs millions de barils déjà injectés sur un total de plus de 400 millions disponibles - assouplissement temporaire de certaines restrictions sur le pétrole iranien ou russe et discours rassurant sur le caractère «temporaire» des tensions. Une diplomatie du baril, en somme, destinée à contenir les prix autant que les inquiétudes. Mais le marché, lui, reste hypersensible, suspendu à chaque déclaration, à chaque inflexion, à chaque menace. Car au fond, la question dépasse la seule conjoncture: elle interroge la fragilité structurelle d’un système énergétique encore dépendant de zones à haut risque.


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