L’Algérie commémore aujourd’hui le 64e anniversaire de la fête de la Victoire, qui marque l’entrée en vigueur du cessez-le-feu du 19 mars 1962, au lendemain de la signature des Accords d’Évian. Cette date, profondément ancrée dans la mémoire nationale, symbolise la fin d’une guerre de libération longue et meurtrière et l’aube d’une indépendance arrachée au prix de sacrifices immenses. Elle rappelle le courage et la détermination de celles et ceux qui, après des années de lutte, ont permis à l’Algérie de recouvrer sa souveraineté et sa dignité. Soixante-quatre ans après ces accords historiques, les relations entre l’Algérie et la France traversent une période de fortes tensions. Le climat politique français, marqué par la montée d’un discours hostile porté par certains courants d’extrême droite, fait de l’Algérie un sujet récurrent de débats internes. Cette focalisation, alimentée par des relents nostalgiques de l’époque coloniale, a contribué à installer une forme d’algérophobie devenue, pour certains, un levier politique. Face à ces attaques répétées, l’Algérie maintient une posture constante fondée sur la dignité et le refus de toute ingérence, réaffirmant son attachement à sa souveraineté et rejetant catégoriquement toute tentative de pression ou d’intimidation. Plus de six décennies après l’indépendance, la question algérienne continue, paradoxalement, de hanter une partie du paysage politique français, rappelant les crises profondes qui avaient conduit à l’effondrement de la IVe République en 1958. La commémoration du 19 mars est avant tout un moment de recueillement et de transmission. Elle rappelle qu’après la Révolution du 1er Novembre 1954, menée par des hommes déterminés à rompre avec l’ordre colonial, le cessez-le-feu fut accepté comme l’aboutissement d’un combat politique et militaire sans précédent. «À vous qui êtes appelés à nous juger…», proclamaient les artisans de la Révolution de Novembre, inscrivant leur lutte dans une perspective historique et populaire.
L’annonce officielle du cessez-le-feu, le 19 mars 1962, fut accueillie par une immense joie à travers tout le pays. Dans les maquis, les villages et les villes, l’heure était aux retrouvailles, souvent mêlées de larmes et de douleur. Retrouver un proche ou apprendre la disparition d’un autre faisait partie de cette mémoire vive des pertes humaines. Pour les moudjahidine, la fin des combats signifiait également une rencontre inédite avec l’ancien ennemi, dans un climat encore chargé de méfiance. Pour les familles de chouhada, cette date marque le début d’un long travail de mémoire, à la recherche des disparus, dans une douleur mêlée de fierté. Les négociations d’Évian, entamées en mai 1961 et marquées par de nombreuses interruptions, furent le théâtre d’un affrontement politique intense. La délégation algérienne, représentant le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), y défendit avec constance les principes de souveraineté nationale et rejeta les propositions françaises visant à maintenir un contrôle sur le Sahara, la base de Mers El-Kébir ou encore le statut des Européens d’Algérie. Comme le soulignait Rédha Malek, ces négociations n’ont abouti qu’au prix d’une fermeté sans concession face à toute tentative de partition ou de remise en cause de l’indépendance nationale chèrement acquise.
La signature des accords, le 18 mars 1962, consacra ainsi la victoire politique de l’Algérie combattante, fruit d’un long processus où l’action militaire de l’Armée de libération nationale s’est conjuguée à une stratégie diplomatique efficace. Cette victoire s’inscrit dans la continuité d’un mouvement historique amorcé bien avant 1954, notamment avec les événements du 8 mai 1945, qui avaient profondément marqué la conscience nationale. Aujourd’hui, le 19 mars demeure une halte historique majeure et incarne à la fois la fin d’une domination coloniale de 132 ans et le début d’un projet national à construire. Commémorer cette date, c’est refuser l’oubli, rendre hommage à celles et ceux, connus ou anonymes, qui ont façonné l’histoire de l’Algérie, et transmettre aux générations post-indépendance les valeurs de sacrifice, de dignité et d’unité nationale.
64 ans après les Accords d’Évian. Mémoire vive et souveraineté réaffirmée
- par Hocine Smaali
- Le 18 Mars 2026
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