L’Algérie détient la plus grande réserve d’hélium en Afrique. Un recours stratégique face a la pénurie

Le marché énergétique mondial risque de vivre ses balbutiements les plus importants dus aux perturbations en approvisionnement en gaz et en pétrole dans les champs de plusieurs pays au Moyen Orient, cible d’attaques de drones des suites du conflit opposant l’Iran et les Etats Unis avec Israël. L’Union européenne est déjà en alerte et craint sérieusement des «représailles» énergétiques dues à la rupture d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié, à partir des pays du Golfe comme le Qatar, un de ses alliés stratégiques. Le prix du gaz a bondi de plus de 50 % en Europe suite à l’annonce par QatarEnergie de l’arrêt de la production du gaz naturel. L’usine Ras Laffan qui est la plus grande installation d’exportation du gaz naturel liquéfié au monde et couvre le cinquième de l’approvisionnement global, a été visée le 2 mars par des attaques de drones. Tout compte fait, le marché mondial de l’hélium, produit par les usines du GNL, est en pleine ébullition et plongé dans une zone de turbulences inédite. Suite à l’annonce par QatarEnergy de l’arrêt total de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) — moteur essentiel de l’extraction d’hélium — l’inquiétude plane chez les industries de pointe mondiales. Et même si un arrêt des hostilités était décidé entre les belligérants, il faudrait au moins huit semaines pour relancer la logistique d’approvisionnement de l’hélium. Le Qatar ne devenant plus le principal pourvoyeur de l’hélium et face à cette rupture de la chaîne d’approvisionnement qui touche l’Europe et d’autres continents, l’Algérie est bien placée pour assurer les équilibres d’approvisionnement mondiaux en hélium. Elle émerge désormais comme le recours stratégique pour pallier la pénurie notamment pour l’Europe. L’onde de choc s’est créée avec la suspension des activités des complexes industriels de Ras Laffan et Mesaieed au Qatar après des attaques de drones contre ses infrastructures. Deux jours plus tard, l’état de force majeur était déclaré. Pour Saad bin Sherida Al-Kaabi, PDG de QatarEnergy, aucun retour à la normale n’est envisageable avant la fin totale des hostilités dans la région. Une situation d’autant plus préoccupante que le redémarrage des installations de GNL nécessite traditionnellement plusieurs semaines de tests techniques. Selon Phil Kornbluth, président de Kornbluth Helium Consulting, le marché physique ne pourra pas absorber ce choc sans heurts. S’exprimant pour la plateforme Gasworld, il estime: «Il est difficile d’imaginer une interruption de l’approvisionnement de moins de trois mois. Même après la reprise de la production, il faudra au moins huit semaines supplémentaires pour stabiliser la logistique et réorganiser la rotation des conteneurs». Si les stocks constitués avant la crise retardent l’impact immédiat pour les utilisateurs finaux, les prix sur le marché spot se sont déjà envolés. Un fournisseur majeur a d’ailleurs instauré des surcharges tarifaires d’urgence. Outre la molécule elle-même, c’est la logistique des conteneurs spécialisés (ISO) qui pose problème. Richard Brooke, PDG de Garrison Ventures, rappelle que le Qatar représente un tiers de l’offre mondiale. Le défi: des centaines de conteneurs pleins sont actuellement bloqués à Ras Laffan ou dans le détroit d’Ormuz, une zone devenue hautement vulnérable. Dans ce contexte de crise, l’Algérie s’impose comme la solution naturelle. Avec une capacité de production annuelle d’environ 50 millions de m³, le pays est au 3ème rang mondial en termes de capacité, derrière les États-Unis et le Qatar. L’atout majeur de l’Algérie réside dans son immense champ de Hassi R’Mel, où l’hélium est extrait lors du processus de liquéfaction du gaz naturel. Bien que l’Algérie n’ait produit que 11 millions de m³ en 2024, ses réserves massives et ses infrastructures existantes en font le partenaire le plus apte à sécuriser les besoins européens dont la dépendance au gaz qatari est aujourd’hui un talon d’Achille.


ads