L’Algérie sort le grand jeu en décidant de ramener plus d’un million de têtes d’ovins de l’étranger. Dans une démarche résolument sociale qui vise à protéger le pouvoir d’achat des ménages, le président de la république, M. Abdelmadjid Tebboune, a acté l’importation d’un million de têtes de mouton pour l'Aïd Al Adha 2026. En effet, si le mouton de l'Aïd Al Adha ne cesse de tourmenter le citoyen à faible ou à moyen revenu en raison de ses prix excessifs, il n’en demeure pas moins que son importation et sa vente à prix plafonné est la seule solution envisageable. Il est vrai que l’échéance sacrée synonyme de gaîté et d’entraide se transforme chaque année en un « jeu » préféré des maquignons qui élèvent le prix de l’agneau sans considération aucune ou le moindre égard au pouvoir d’achat, mais l’importation est en passe de devenir depuis son entrée en vigueur la bouée de sauvetage pour les consommateurs démunis et un cauchemar pour les spéculateurs. L’Etat a décidé de réagir. Pour lui, l’importation est une option sûre pour contourner la spéculation. La question de l’importation des moutons est loin de faire les divergences en ce sens que tout le monde s’accorde à dire qu’elle est la seule solution. Une question qui revient en récurrence au cœur des priorités publiques. Le Président de la République a fixé un seuil notamment en plafonnant le prix du mouton importé à 50 000 dinars. Cette décision a plusieurs objectifs ou enjeux. D’abord elle permet au consommateur au salaire mensuel moyen de faire face au prix exorbitant du mouton sur le marché local. En effet, avec un prix raisonnable de 50.000 da la tête de mouton importé, le citoyen a au contraire tout à gagner en évitant d’acheter un mouton pouvant aller jusqu’à 150.000 ou 160.000 da la tête sur le marché local en raison des coûts exorbitants de son élevage, des aliments de bétail mai aussi à son gardiennage ou parcage dans les enceintes dédiées et les garages. Ensuite, parce que cette décision d’importation permet de reconstruire le cheptel national en plein déclin les années passées pour plusieurs facteurs comme la sécheresse, le manque de ressources hydriques dans les fermes d’élevage et des aliments de bétail nécessaire contrairement à aujourd’hui où le cheptel a repris sa santé grâce à la politique national prônée par le ministère de l’Agriculture .C’est dire que juste en pensant à l’achat d’un mouton de l'Aïd signifie pour le citoyen lambda une épreuve de plus à ses habitudes dépensières du ramadhan. S’exprimant à l’émission « L’invité du jour » sur la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Mustapha Benaoui, ancien cadre au ministère de l’Agriculture et expert du secteur, a analysé les enjeux de cette décision, soulignant à la fois « sa dimension sociale » et « son importance dans la stratégie de reconstitution du cheptel ovin national ». La décision présidentielle de plafonner le prix du mouton importé à 50 000 dinars vise avant tout à préserver le pouvoir d’achat des citoyens, en particulier les classes moyennes. Selon Mustapha Benaoui, « cette mesure intervient dans un contexte marqué par une flambée des prix sur les marchés à bestiaux. » « Actuellement les prix sont autour de 150 000 à 200 000 dinars, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde », a-t-il expliqué. Pour lui, « la fixation d’un prix maximum constitue donc une réponse sociale à une situation difficile pour de nombreux ménages à l’approche de l’Aïd al-Adha.» L’expert souligne également que cette politique s’inscrit dans «la volonté des autorités de garantir l’accès au sacrifice rituel pour un maximum de citoyens », tout en évitant « les dérives spéculatives. Au-delà de l’aspect social, Mustapha Benaoui estime que «l’importation de moutons est aujourd’hui une opération indispensable pour l’équilibre du marché national. Il met en avant la nécessité du repeuplement du cheptel national. « Nous sommes actuellement dans une logique de repeuplement et de reconstruction du cheptel ovin national car le cheptel ovin a considérablement diminué au fil des décennies, notamment en raison de facteurs climatiques et environnementaux» révèle-t-il. Il rappelle qu’au cours des années 1980, l’Algérie comptait entre 25 et 30 millions de têtes ovines. Mais les longues périodes de sécheresse et la dégradation du couvert végétal dans les régions steppiques ont fortement affecté l’activité d’élevage. « La steppe, qui constitue le principal territoire de l’élevage ovin, a subi un processus de désertification qui a réduit les capacités de production», a-t-il précisé. Pourquoi une telle ruée massive sur le mouton de l'Aïd ? D’abord parce qu’il s’agit d’un rituel sacré des musulmans. Ensuite, parce la plupart des maquignons croient juste d’augmenter les prix pour gonfler leur gain alors que le vrai gain n’est que ce que le Bon Dieu vous alloue. La pression sur le marché est également liée à une forte demande saisonnière. Entre le mois de Ramadan, l’Aïd al-Adha, le retour des pèlerins et les célébrations estivales, la consommation de viande ovine connaît une hausse importante. Mustapha Benaoui estime que « les besoins pourraient atteindre près de six millions de têtes d’ici la fin de l’été». Or, sur un cheptel national d’environ 18 millions de têtes, près des deux tiers sont constitués de brebis, ce qui réduit le nombre d’animaux destinés à l’abattage. «Si l’on tient compte de cet échéancier, nous risquons de sacrifier une grande partie de l’effectif mâle disponible», a-t-il averti. Dans ce contexte, l’importation apparaît comme une solution transitoire « pour préserver le cheptel national » tout en répondant aux besoins de consommation. Par ailleurs, Mustapha Benaoui, a indiqué qu’il était « indispensable d’améliorer la planification et d’intensifier les contrôles afin d’éviter la fraude, la contrebande et la spéculation. » Parmi les pistes d’amélioration proposées, l’expert suggère d’intégrer davantage les éleveurs dans le dispositif de distribution. «Les éleveurs disposent d’un capital d’expérience important. Ils maîtrisent les moyens de transport, l’alimentation et la conduite du cheptel », a-t-il souligné. Selon lui, les professionnels issus des régions steppiques pourraient jouer un rôle central dans la réception, la gestion et la commercialisation des moutons importés. «L’administration ne peut pas prendre en charge seule la commercialisation. Le marché à bestiaux a ses propres règles», a-t-il estimé.
Ancien cadre au ministère de l’Agriculture et expert du secteur Mustapha Benaoui : L’importation du mouton est «l’unique solution»
- par B.kamel
- Le 09 Mars 2026
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