Gaz, les prix s’envolent!

La flambée brutale des prix du gaz naturel et du GNL, lundi, illustre la nervosité extrême des marchés énergétiques face au risque géopolitique. En Europe, le contrat de référence du hub néerlandais TTF a bondi jusqu’à environ 46 euros le mégawatheure, soit une hausse intra journalière proche de 45 %, après l’annonce par QatarEnergy de la suspension d’une partie de sa production liée au gigantesque gisement de North Field à la suite d’une attaque. Le choc a immédiatement contaminé l’ensemble des places gazières. Au Royaume-Uni, l’indice NBP a suivi la même trajectoire, tandis que l’Asie voyait son indicateur JKM s’envoler. Cette réaction en chaîne s’explique par l’importance stratégique du Qatar, troisième exportateur mondial de GNL dont une large part des cargaisons transite par le détroit d’Ormuz. Selon des analystes cités par Trading Economics, près d’un cinquième du pétrole mondial et une part majeure du commerce de GNL empruntent cette voie maritime aujourd’hui perturbée. La situation est d’autant plus préoccupante pour l’Europe que ses stocks restent faibles. Les réserves du continent sont tombées sous les 30 % de remplissage, contre environ 40 % l’an dernier à la même période, d’après Gas Infrastructure Europe. Cette vulnérabilité renforce la dépendance aux importations estivales de GNL pour préparer l’hiver. Plusieurs experts anticipent une poursuite de la volatilité. Les analystes de Goldman Sachs estiment qu’un blocage d’un mois pourrait faire grimper les prix européens et asiatiques d’environ 130 %, jusqu’à 25 dollars par million de BTU, un niveau qui avait provoqué une destruction massive de la demande en 2022. Une perturbation plus longue pourrait porter le TTF au-delà de 100 euros/MWh. Le pétrole suit la même tendance haussière. Le Brent a dépassé 77 dollars le baril, soutenu par la crainte d’un blocage durable du Golfe. « Plus le conflit perdure, plus la probabilité d’une envolée vers 100 dollars augmente », prévient l’analyste Ricardo Evangelista à ActivTrades, cité par Reuters. Pour UBS, une énergie durablement chère agirait comme un impôt supplémentaire sur les économies, freinant croissance et consommation. Autrement dit, au-delà du choc immédiat sur les marchés, la crise gazière menace désormais l’équilibre économique mondial tout entier.


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