L’OPEP dicte le tempo pétrolier

La décision d’augmenter la production de pétrole prise dimanche par huit membres de OPEP+ intervient dans un contexte géopolitique explosif, marqué par l’escalade militaire autour de l’Iran et les menaces sur les routes stratégiques d’approvisionnement. L’Algérie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak, le Koweït, Oman, le Kazakhstan et la Russie ont convenu d’injecter 206 000 barils supplémentaires par jour à partir d’avril, reprenant ainsi le plan de retour progressif aux niveaux de production d’avant les coupes volontaires, selon un communiqué officiel. Pour Alger, cette décision se traduira par une hausse d’environ 6 000 barils par jour, portant la production nationale à près de 977 000 barils quotidiens, d’après le ministère des Hydrocarbures. L’organisation justifie cet ajustement par des « fondamentaux solides » et des stocks mondiaux relativement faibles. Mais derrière ce discours de stabilité se profile surtout l’ombre du conflit régional. Depuis les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, la crainte majeure concerne le détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Plusieurs armateurs ont déjà suspendu leurs passages, tandis que Téhéran évoque une fermeture «de facto» du détroit. «C’est un signal, pas une solution, prévient Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, cité par l’AFP. Selon lui, si Ormuz est bloqué, «206 000 barils supplémentaires font très peu pour détendre le marché », la perte potentielle d’offre pouvant atteindre 8 à 10 millions de barils par jour. Les prévisions de prix s’envolent. Le conseiller économique russe Kirill Dmitriev estime que le baril pourrait atteindre 100 dollars rapidement, relaye BFMTV, contre environ 72 dollars avant le déclenchement des hostilités. Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, évoque même un scénario supérieur à 120 dollars en cas de guerre prolongée et d’embrasement régional. Ajay Parmar, d’ICIS, anticipe pour sa part un retour vers 100 dollars si la fermeture d’Ormuz se confirme. À plus court terme, Amena Bakr, spécialiste de l’OPEP+ chez Kpler, prévoit des cours entre 85 et 90 dollars dès la réouverture des marchés, soulignant que « la logistique et les risques de transit comptent davantage que les quotas de production». En somme, l’augmentation décidée par l’OPEP+ apparaît moins comme un véritable levier d’apaisement que comme un geste politique destiné à rassurer les marchés.


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