En marge des pourparlers indirects entre Iran et les États-Unis, les marchés pétroliers oscillent au rythme d’une diplomatie incertaine et d’une géopolitique explosive. Vendredi matin, le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait autour de 72 dollars, en hausse de près de 2 %, tandis que le WTI américain dépassait 66 dollars, selon l’AFP. Cette tension reflète l’absence d’accord après les discussions de Genève et la poursuite du déploiement militaire américain dans la région. Le facteur clé reste le risque d’escalade. Téhéran, producteur majeur d’environ 3,5 millions de barils par jour, contrôle indirectement le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial. «Un durcissement du discours politique se répercute très rapidement sur les prix», souligne Tobias Keller, analyste chez UniCredit, cité par Connaissance des Énergies. Même un incident naval mineur pourrait provoquer un choc d’offre. Les négociations apparaissent d’autant plus cruciales qu’un échec relancerait le scénario d’une frappe américaine. Helima Croft, responsable de la stratégie matières premières chez RBC Capital Markets, estime que la question de l’enrichissement d’uranium iranien reste « le facteur décisif » pour savoir si la confrontation militaire sera évitée. De son côté, l’analyste Arne Lohmann Rasmussen (Global Risk Management) anticipe « un marché très nerveux » tant que l’incertitude persiste. Dans ce contexte, la réunion imminente de l’OPEP et de ses alliés OPEP+ revêt une importance stratégique. Plusieurs sources sectorielles évoquent une reprise graduelle des hausses de production dès avril, de l’ordre de 137 000 barils par jour, après une pause au premier trimestre. L’objectif est double : stabiliser les prix sans provoquer d’effondrement des cours, tout en se préparant à la demande estivale. Parallèlement, certains producteurs anticipent déjà d’éventuelles perturbations. Les Émirats arabes unis ont proposé davantage de brut Murban sur le marché, tandis que l’Arabie saoudite augmente ses exportations vers l’Asie, selon Reuters. Ces initiatives visent à créer un «tampon» en cas de blocage du détroit d’Ormuz, explique l’analyste Scott Shelton. Au-delà de l’actualité immédiate, les grandes puissances pétrolières cherchent surtout à préserver leurs parts de marché dans un environnement où la demande mondiale dépasse 104 millions de barils par jour en 2025, selon les analyses sectorielles. Entre diplomatie sous tension et stratégie d’offre calibrée, le pétrole reste plus que jamais un baromètre géopolitique et un instrument de puissance.



