Sonatrach à l’heure du pipeline continental

Après des décennies d’annonces et de reports, le gazoduc transsaharien «TSGP» semble entrer dans sa phase décisive. À l’issue de sa rencontre avec son homologue nigérien, le président Abdelmadjid Tebboune a confirmé que le lancement du tronçon traversant le Niger interviendrait après le Ramadhan, sous pilotage de Sonatrach. Long d’environ 4.128km, ce corridor doit relier les champs gaziers nigérians au hub algérien de Hassi R’mel, puis aux gazoducs existants vers l’Europe. Pour Alger, il ne s’agit pas seulement d’un chantier industriel, mais d’un repositionnement stratégique au cœur de la sécurité énergétique euro-africaine. Dans un contexte marqué par l’embargo européen sur le gaz russe depuis 2026, la demande de sources alternatives fiables s’est intensifiée. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Algérie «figure parmi les fournisseurs structurants de l’Union européenne» et a accru ses livraisons après la chute des flux russes, comme cité dans Gas Market Report 2023. Le TSGP, estimé autour de 13 à 20 milliards de dollars selon diverses évaluations internationales, bénéficie d’un avantage décisif: il s’appuie sur des infrastructures déjà opérationnelles notamment TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne. À l’inverse, le projet concurrent Nigeria-Maroc, plus long — environ 5.600 km — et plus coûteux, demeure à un stade moins avancé, comme le rapporte Reuters. L’intérêt européen pour le gaz algérien se confirme. L’Autriche souhaite accroître ses importations via TransMed, la secrétaire d’État à l’Énergie, Elisabeth Zehetner, estimant que l’Europe «restera dépendante du gaz pendant encore de nombreuses décennies» (Reuters). Cette ruée s’explique aussi par la crainte d’une dépendance excessive au GNL américain dont les flux restent soumis à la volatilité des marchés et de la météo. Aux États-Unis, la production atteint plus de 108 milliards de pieds cubes par jour début février, tandis que les exportations de GNL frôlent des records, illustrant un marché mondial tendu et concurrentiel. Pour le Niger, pays de transit, le pipeline promet des recettes et des infrastructures dans des régions isolées; pour le Nigeria, la valorisation de réserves immenses encore sous-exploitées. Mais c’est l’Algérie qui pourrait en sortir consolidée comme hub énergétique continental. En ouvrant ses réseaux aux flux ouest-africains, Alger transforme un rôle historique de fournisseur en position de plateforme stratégique entre l’Afrique et l’Europe. Au-delà des chiffres, le TSGP incarne ainsi une recomposition énergétique profonde: celle d’un monde où les pipelines redeviennent des instruments géopolitiques majeurs et où la fiabilité des routes d’approvisionnement pèse autant que les volumes transportés.


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