Dans le fracas d’une guerre qui refuse de s’éteindre, un frêle espace politique semble s’ouvrir autour de Ghaza. Le Hamas, tout en maintenant sa ligne de résistance, dit désormais accepter la présence de forces étrangères — à condition qu’elles ne s’immiscent pas dans les affaires internes palestiniennes. «Nous voulons des forces de paix (…) qui agissent comme un tampon (…) sans ingérence», a déclaré vendredi son porte-parole Hazem Qassem à l’AFP. Une ouverture prudente, dictée autant par l’épuisement humanitaire que par le rapport de forces. Le mouvement palestinien pose toutefois des conditions non négociables. Dans un communiqué publié jeudi soir, il affirme que tout arrangement doit commencer par «l’arrêt total de l’agression», la levée du blocus et la reconnaissance des «droits nationaux légitimes», dont l’autodétermination. Il exige aussi l’ouverture des points de passage et l’entrée «sans restrictions» de l’aide humanitaire, dénonçant la poursuite des bombardements israéliens malgré le cessez-le-feu. Face à cette position, le plan du président Donald Trump avance ses pions. Réuni jeudi à Washington, son «Conseil de paix» a esquissé une reconstruction massive de l’enclave, promettant plus de 7 milliards de dollars d’aides, relaye l’Agence Média Palestine. Le projet prévoit le déploiement d’une Force internationale de stabilisation pouvant atteindre 20 000 soldats, placée sous commandement américain. L’Indonésie fournirait jusqu’à 8 000 militaires et occuperait le poste de commandant adjoint, tandis que le Maroc, le Kazakhstan, le Kosovo et l’Albanie ont annoncé l’envoi de contingents. L’Égypte et la Jordanie formeraient, elles, la future police palestinienne. Mais ce dispositif se heurte à l’exigence israélienne de désarmement du Hamas. Le Premier ministre Benjamin Nétanyahou a martelé jeudi qu’il n’y aurait «pas de reconstruction (…) avant la démilitarisation de Ghaza». Une condition jugée inacceptable par le mouvement palestinien, qui y voit une capitulation politique. Sur le terrain, la réalité contredit les discours diplomatiques. Selon l’Agence Média Palestine, plus de 600 Palestiniens auraient été tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre, alimentant la méfiance envers toute initiative internationale. Pendant que Washington parle d’«investissement dans la stabilité», Ghaza continue de compter ses morts et ses ruines. Ainsi se dessine un paradoxe: un Hamas prêt à tolérer une présence étrangère, mais seulement comme bouclier, pas comme tutelle ; un plan américain ambitieux mais conditionné; et un Israël déterminé à imposer ses lignes rouges. Entre reconstruction promise et guerre persistante, l’avenir de Ghaza reste suspendu à une équation politique que personne, pour l’heure, ne semble capable de résoudre.



