Blé, la bataille mondiale s’intensifie

Sur fond d’incertitudes climatiques et de rivalités commerciales, le marché mondial du blé traverse une phase de recomposition silencieuse mais profonde. Le marché des céréales reste globalement stable à la mi-séance sur Euronext, dans un contexte d’attentisme face aux perspectives d’offre mondiale et aux incertitudes logistiques en mer Noire. Le blé évolue sans tendance marquée, le contrat mars 2026 s’établissant autour de 191,50 €/t et l’échéance mai à 191,25 €/t. La Russie continue d’imposer sa loi grâce à des volumes abondants et des prix agressifs, consolidant sa position de premier exportateur mondial. Face à elle, l’Union européenne et les Amériques tentent de défendre leurs parts de marché, mais la concurrence s’intensifie, notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, zones structurellement dépendantes des importations. Les perspectives demeurent contrastées. D’un côté, les stocks mondiaux restent relativement confortables, limitant les flambées spectaculaires des prix. De l’autre, la moindre perturbation — sécheresse en mer Noire, inondations en Amérique du Sud ou tensions géopolitiques — suffit à faire basculer les anticipations. Les analystes soulignent également la montée d’une concurrence qualitative : au-delà des volumes, la capacité à fournir du blé panifiable conforme aux exigences des meuniers devient déterminante. L’Union européenne, en particulier, voit ses débouchés se resserrer. FranceAgriMer a abaissé sa prévision d’exportations françaises de blé tendre pour la campagne 2025-2026 à 14,86 millions de tonnes, les ventes vers les pays tiers étant estimées à 7,2 millions de tonnes. L’établissement note que «les volumes d’Argentine et d’Amérique du Nord sont actuellement favorisés», signe d’une bataille commerciale accrue. Par ailleurs, certains importateurs traditionnels pourraient réduire leurs achats en cas de bonnes récoltes locales, ce qui accentue l’incertitude. Dans ce jeu mondial, les prix évoluent davantage au rythme des appels d’offres publics et des stratégies d’achat des grands pays importateurs qu’en fonction de la seule production agricole. Le blé est devenu un instrument de puissance autant qu’une marchandise. Parmi ces importateurs stratégiques, l’Algérie occupe une place centrale. Dépendant fortement des marchés extérieurs pour son blé tendre, le pays ajuste en permanence ses origines d’approvisionnement en fonction des prix et de la qualité. Un signal discret a émergé en février 2026 : environ 5 000 tonnes de blé français figurent dans les programmes d’expédition, une première depuis juillet 2024. Pour l’orge, quelque 13 000 tonnes seraient également prévues après plusieurs campagnes sans achats. Des volumes modestes, mais révélateurs d’une diversification prudente, possiblement liée à des difficultés qualitatives chez certains fournisseurs sud-américains. Pour Alger, sécuriser l’approvisionnement reste la priorité absolue dans un marché de plus en plus imprévisible.


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