Routes meurtrières en 2025

En 2025, la tragédie routière a continué de faucher des vies à travers l’Algérie. Selon les données dévoilées par la Délégation nationale pour la sécurité routière, 26.976 accidents corporels ont été enregistrés, faisant 3.838 morts et 37.020 blessés. «Le nombre d’accidents a augmenté de 2,68 %, celui des décès de 2,62 % et les blessés de 4,9 % par rapport à 2024», a précisé Lahcen Boubka, directeur d’études, lors d’une intervention radiophonique. Cette progression confirme une tendance inquiétante après une année 2024 déjà marquée par 26.272 accidents, 35.556 blessés et environ 3.740 morts, soit une hausse notable par rapport à 2023. Au-delà des chiffres annuels, les bilans provisoires de la Protection civile pour 2025 font état de plus de 70.000 accidents recensés au cours de l’année, avec une moyenne d’environ six morts par jour. Les experts soulignent toutefois que ces statistiques incluent les interventions immédiates et que de nombreuses victimes succombent ultérieurement à leurs blessures, ce qui alourdit le bilan réel. La principale cause demeure, de loin, le facteur humain. Plus de 96 % des accidents sont imputables aux comportements des usagers. Inattention, excès de vitesse, dépassements dangereux, refus de priorité et non-respect des distances de sécurité figurent en tête des infractions relevées. «Il s’agit essentiellement d’une baisse de vigilance notamment en agglomération», explique Lahcen Boubka. Les spécialistes pointent également l’usage du téléphone au volant, la fatigue et parfois la conduite sous l’emprise de substances. Autre phénomène préoccupant: la montée en puissance des deux-roues. Les motocycles seraient impliqués dans près de 24 % des accidents dans les grandes villes, un taux jugé «alarmant» au regard d’un parc estimé entre 200.000 et 300.000 engins. Cette vulnérabilité accrue s’explique par le manque d’équipements de protection et par la circulation dense en milieu urbain. Certaines périodes restent particulièrement sensibles. En 2024, le mois de Ramadhan avait connu une forte sinistralité, mais une légère amélioration a été observée en 2025, avec une baisse de 1,41 % des accidents et de près de 9 % des décès durant cette période, résultat attribué aux campagnes de sensibilisation et à l’implication des imams. Malgré ces efforts, les spécialistes s’accordent à dire que l’Algérie fait face à un véritable enjeu de santé publique. L’augmentation du parc automobile — plus de neuf millions de véhicules —, l’intensification des déplacements interurbains et l’insuffisante culture de prévention entretiennent un cycle dangereux. Pour beaucoup d’experts, seule une approche globale combinant éducation, contrôle strict et amélioration des infrastructures permettra d’enrayer durablement cette hécatombe silencieuse.


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