La guerre au Moyen-Orient a franchi un seuil inquiétant : celui où soigner devient une cible. Des frappes américano-israéliennes en Iran aux attaques répétées contre des structures de secours au Liban, la ligne rouge humanitaire semble vaciller, au point d’alarmer ouvertement l’Organisation Mondiale de la Santé. Son Directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ne mâche plus ses mots. Il évoque des «multiples attaques» en Iran contre des établissements de santé, dont certaines ont rendu des institutions majeures comme l’Institut Pasteur de Téhéran, incapables de fonctionner. Au total, plus de 300 structures médicales ont été endommagées. Dans le même temps, l’OMS recense plus de 3.300 morts, 30.000 blessés et plus de 04 millions de déplacés en quelques semaines: une onde de choc sanitaire à l’échelle régionale. Mais au-delà des chiffres, c’est une mécanique de désagrégation qui inquiète. Car frapper un hôpital, ce n’est pas seulement détruire un bâtiment: c’est désorganiser durablement l’accès aux soins, interrompre la chaîne médicale, fragiliser des populations déjà déplacées. L’OMS alerte sur les risques de propagation des maladies, sur l’effondrement des systèmes de surveillance sanitaire et sur la menace croissante liée à des incidents chimiques ou environnementaux. Sur le terrain, la situation vire à l’absurde tragique. Au Liban, des secouristes sont tués près d’hôpitaux. Des ambulanciers ciblés, des équipes de secours frappées en intervention : selon l’OMS, plusieurs attaques distinctes ont déjà coûté la vie à des personnels médicaux, pourtant protégés par les conventions internationales. Là encore, une bascule s’opère: les sauveteurs deviennent des victimes. Dans la bande de Gaza, le constat dressé par Médecins Sans Frontières est tout aussi alarmant. L’organisation évoque une pénurie critique de médicaments et d’équipements, conséquence directe des restrictions imposées. «Cette pénurie entraînera des décès évitables», avertissent ses équipes, contraintes de limiter les admissions de patients. Face à cette spirale, l’OMS lance un appel urgent de plus de 30 millions de dollars pour maintenir un minimum de réponse sanitaire dans cinq pays. Mais au fond, la question dépasse l’urgence humanitaire. Elle touche à un principe fondamental : peut-on encore parler de droit international lorsque les hôpitaux, les médecins et les secouristes ne sont plus épargnés? Dans ce conflit, la guerre ne détruit plus seulement des vies. Elle s’attaque à ce qui permet de les sauver.



