À mesure que le climat se dérègle, le Barrage vert change de nature. Longtemps perçu comme une simple barrière contre l’avancée du désert, ce projet historique entre dans une nouvelle ère: celle d’une ingénierie écologique assumée, où chaque essence plantée devient un choix stratégique. À Alger, la ministre Kaouter Krikou a donné le ton: «l’adaptation du couvert végétal n’est plus un simple choix technique». Elle devient une priorité nationale, presque une question de sécurité écologique. Car derrière l’arbre, c’est tout un système qu’il faut repenser: sols, eau, biodiversité, résilience des territoires. Le Barrage vert «nouvelle génération» repose sur une idée simple mais décisive : diversifier pour survivre. Fini le reboisement uniforme. Place à une mosaïque végétale capable de résister aux sécheresses, aux sols dégradés et aux chocs climatiques. Comme l’explique le chercheur Ouahid Zandouche, l’objectif est double: introduire de nouvelles espèces et améliorer les techniques de plantation pour faire face à une aridité devenue structurelle. Mais cette ouverture à la biodiversité n’est pas sans précautions. Djamel Zellagui insiste sur une approche expérimentale: tester d’abord, généraliser ensuite. Car introduire des espèces non locales, c’est aussi prendre le risque de déséquilibrer des écosystèmes déjà fragiles. Le pari est donc scientifique autant que politique. Derrière cette mutation, une réalité s’impose: la désertification n’est plus une menace lointaine, mais un processus en cours. Depuis trois décennies, le Haut-commissariat au développement de la steppe accumule une expertise précieuse pour stabiliser les zones les plus vulnérables. Aujourd’hui, cette expérience nourrit une stratégie plus large, coordonnée à l’échelle nationale. La signature d’un partenariat entre centres de recherche et institutions publiques marque d’ailleurs un tournant. Le Barrage vert n’est plus seulement un projet de plantation, mais un laboratoire à ciel ouvert, où se croisent science, politique et urgence climatique. Au fond, l’Algérie semble tirer une leçon essentielle: dans un monde soumis aux extrêmes, la résilience ne se décrète pas, elle se cultive. Et dans cette bataille silencieuse contre l’aridité, chaque arbre planté devient moins un symbole qu’un acte de souveraineté.



