Vers un baril à 200$ ?

La guerre qui s’intensifie autour de l’Iran, fait ressurgir un spectre que l’économie mondiale croyait relégué au passé: celui d’un choc pétrolier majeur. En quelques jours, les tensions militaires et les déclarations du président américain, Donald Trump, ont suffi à propulser le baril au-delà des 110 dollars, avec des projections désormais bien plus inquiétantes. Selon les analystes, le scénario d’un pétrole à 150 dollars n’a plus rien d’extrême. Pour Larry Fink, patron de BlackRock, un tel niveau suffirait déjà à faire basculer l’économie mondiale vers la récession. Car le pétrole, au-delà d’une matière première, agit comme une taxe invisible: transport, production, alimentation, tout s’alourdit mécaniquement. Mais le véritable point de rupture se situe ailleurs, dans les scénarios les plus sombres. Dans une note relayée par Investing.com, les stratèges de Macquarie Group, menés par Peter Taylor, évoquent un baril pouvant dépasser les 200 dollars si le conflit se prolonge et si le détroit d’Ormuz reste bloqué. Une hypothèse à laquelle ils attribuent 40 % de probabilité — loin d’être marginale. Le choc est déjà tangible : jusqu’à 13 % de l’offre mondiale pourrait être perturbée, soit davantage que lors des crises pétrolières des années 1970. Certes, les réserves stratégiques existent, mais elles ne peuvent compenser qu’à court terme. À ce niveau de tension, les prix devraient grimper suffisamment haut pour détruire la demande elle-même — autrement dit, forcer l’économie à ralentir brutalement. Les conséquences seraient globales. Inflation relancée, croissance amputée, politiques monétaires paralysées : les banques centrales se retrouveraient piégées dans un scénario de stagflation, rappelant les années 1970. Aux États-Unis, la croissance de l’emploi pourrait même devenir nulle, voire négative. Au-delà des chiffres, c’est l’équilibre économique mondial qui vacille. Une énergie durablement chère fragiliserait les pays importateurs, creuserait les déficits et comprimerait le pouvoir d’achat. Même les économies les plus résilientes ne seraient pas épargnées. Reste une inconnue majeure: la durée du conflit. Car comme le soulignent les experts, l’incitation économique à un accord est immense. Mais dans un contexte où la géopolitique dicte le tempo, le marché pétrolier redevient, plus que jamais, le baromètre d’un monde sous tension.


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