L’ère du désordre !

Le désordre mondial n’est plus une dérive : il devient une méthode. De Gaza à Téhéran, la séquence actuelle donne le sentiment d’un basculement stratégique où la guerre cesse d’être un ultime recours pour devenir un instrument structurant des rapports de force. À Gaza, le conflit a déjà fracturé durablement les équilibres régionaux. Mais c’est l’extension vers l’Iran, menée conjointement par Donald Trump et Israël qui agit comme un révélateur global. L’intervention, décidée «au mépris du droit international» selon François Ernenwein à la Revue Civique, n’a pas produit l’ordre promis, mais un enchaînement d’instabilités: tensions énergétiques, fractures diplomatiques, désorganisation économique.
Ce chaos n’est peut-être pas accidentel. Tommy Douziech à Zone Bourse évoque une «stratégie du chaos» visant moins la victoire militaire que le choc systémique. La guerre contre Iran devient alors un levier: perturber les flux énergétiques, fragiliser les chaînes industrielles, provoquer pénuries et inflation. Le détroit d’Ormuz, les routes maritimes, les intrants agricoles: tout devient vulnérable, donc stratégique. Dans cette lecture, la guerre redessine les dépendances. Comme le souligne Le Grand Continent, frapper l’Iran revient aussi à toucher indirectement des puissances comme la Chine, dépendante de ces approvisionnements. L’objectif n’est plus de stabiliser le monde, mais d’en déplacer le centre de gravité. Les États-Unis pourraient ainsi redevenir indispensables non comme gendarmes, mais comme fournisseurs. Mais ce calcul se heurte à une réalité plus brutale : l’effacement des règles du droit international ouvre une ère d’imprévisibilité généralisée.
Sans cadre légal partagé, la guerre redevient un langage ordinaire. L’universitaire et politiste français, spécialiste des relations internationales, Bertrand Badie rappelle d’ailleurs qu’aucune élimination de tyran n’a durablement produit de démocratie. Le résultat est un monde fragmenté où la logique des blocs remplace celle de la coopération. L’économie vacille, l’environnement se dégrade, comme le souligne l’IRIS et les populations paient le prix immédiat des stratégies lointaines. En filigrane, une idée s’impose: le désordre n’est plus une crise à résoudre, mais une architecture en construction. Et dans ce nouvel âge, la puissance ne se mesurera plus à la capacité d’organiser le monde, mais à celle de survivre à son effondrement.


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