Gaz russe: rupture actée, risques ouverts

En actant, le 26 janvier 2026, l’interdiction progressive des importations de gaz russe, l’Union européenne a franchi un seuil politique majeur. Pour la première fois, la rupture énergétique avec Moscou ne relève plus de l’urgence ou du discours, mais du droit. Le signal est clair : le gaz russe, longtemps pilier du marché européen, est désormais considéré comme un risque stratégique. Mais derrière l’affichage de souveraineté, l’équation énergétique européenne se complique. Car cette décision intervient alors que le gaz reste central pour l’industrie, le chauffage et l’équilibre électrique du continent. En 2025 encore, la Russie représentait environ 13 % des importations gazières de l’UE. Couper ce flux, même de manière progressive jusqu’en 2027, revient à désorganiser un marché structuré depuis des décennies par des contrats de long terme, des infrastructures dédiées et des dépendances géographiques profondes. Les réticences de la Hongrie ou de la Slovaquie rappellent que l’unité énergétique européenne reste fragile, et que le coût de la rupture ne sera pas réparti uniformément. Le véritable déplacement du problème se joue toutefois ailleurs : dans le basculement massif vers le gaz naturel liquéfié, et en particulier vers les États-Unis. En quelques années, le GNL américain est devenu la variable d’ajustement du marché européen. En 2025, il représentait déjà plus de la moitié des importations de GNL, et pourrait atteindre les trois quarts à l’horizon 2030 si la demande ne recule pas plus vite. Une dépendance en chasse une autre, avec une différence de taille : le gaz arrive désormais par méthanier, exposé aux aléas climatiques, logistiques et géopolitiques mondiaux. La situation actuelle du marché illustre cette vulnérabilité. Les vagues de froid aux États-Unis ont récemment perturbé la production et les exportations de GNL, provoquant une forte volatilité des prix. En Europe, les cours du TTF se maintiennent à des niveaux élevés, les stocks sont passés sous les 45 %, et la prime payée pour attirer les cargaisons s’accentue face à l’Asie. Le gaz redevient un marché de tension, sensible au moindre choc. À court terme, l’Europe n’a guère d’alternative. À moyen terme, Bruxelles le sait : la seule issue crédible n’est pas la substitution d’un fournisseur à un autre, mais la réduction structurelle de la dépendance au gaz. La rupture avec la Russie ouvre ainsi une nouvelle phase, plus incertaine encore, de la transition énergétique européenne.


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