L’OPEP temporise, le baril gagne du terrain

Au siège de l’OPEP+, la prudence reste de mise. Selon trois délégués cités par Reuters, l’alliance des grands producteurs devrait prolonger en mars la pause sur les hausses de production, entérinée pour le premier trimestre 2026. Une décision attendue, alors que les prix du brut ont regagné près de 8 % depuis le début du mois et franchi la barre des 66 dollars le baril, malgré la crainte persistante d’un excédent d’offre. Cette embellie tient moins à un réveil vigoureux de la demande qu’à une série de chocs sur l’offre. Au Kazakhstan, des attaques de drones et des problèmes techniques ont amputé la production. JP Morgan estime que le champ géant de Tengiz restera hors service jusqu’à fin janvier, ramenant la production du pays entre 1,0 et 1,1 million de barils par jour, contre 1,8 million habituellement. Un trou d’air suffisant pour tendre momentanément le marché. Dans le même temps, les nuages géopolitiques s’accumulent. Les menaces de frappes américaines contre l’Iran entretiennent une prime de risque, tandis que Washington tente de relancer la production vénézuélienne après l’arrestation de Nicolas Maduro. Mais, là encore, l’effet devrait rester limité : « Une reprise prendra du temps et n’aura pas d’impact majeur à ce stade », confie un délégué de l’OPEP+ à Reuters. Car le vrai sujet se joue à moyen terme. Entre avril et décembre 2025, l’OPEP+ avait déjà remis sur le marché 2,9 millions de barils par jour, soit près de 3 % de la demande mondiale. La pause actuelle vise surtout à éviter d’aggraver un déséquilibre que les agences internationales décrivent de plus en plus nettement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe un surplus supérieur à 04 millions de barils par jour au premier semestre 2026, quand l’EIA américaine table sur un excédent de 2,8 millions. À l’inverse, l’OPEP défend un marché presque équilibré, avec un surplus limité à 600.000 barils par jour. Ces divergences nourrissent la volatilité. «Les prévisions d’une offre excédentaire devraient continuer à peser sur le marché », prévient Abdelaziz Albogdady, stratégiste chez FXEM, dans une note reprise par Agefi-Dow Jones. Entre tempêtes hivernales aux États-Unis, tensions au Moyen-Orient et guerre de chiffres entre institutions, la hausse actuelle des prix ressemble donc à un répit, plus qu’à un retournement. Dimanche, à Vienne, l’OPEP+ cherchera moins à soutenir les cours qu’à gagner du temps. Le luxe ultime, dans un marché où l’abondance est redevenue la norme.


ads