Le gaz redevient stratégique

Les prix du gaz naturel en Europe ont atteint, ces derniers jours, leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs mois, ravivant les inquiétudes sur la sécurité énergétique du continent. Sur le hub néerlandais TTF, référence du marché européen, le contrat à un mois a franchi la barre des 40 euros le mégawattheure, un seuil inédit depuis juin dernier, selon les données de LSEG rapportées par Reuters. Cette flambée s’explique d’abord par des facteurs climatiques. Les vagues de froid simultanées en Europe, en Amérique du Nord et en Asie dopent la demande de chauffage et accentuent la concurrence mondiale pour le gaz naturel liquéfié (GNL). «Le marché est actuellement très sensible et les réactions de prix sont importantes», observe Saku Jussila, analyste chez LSEG, cité par Reuters. Aux États-Unis, le gel des puits de gaz et de pétrole au Texas fait craindre des perturbations d’approvisionnement, alimentant une hausse spéculative sur les marchés. La situation est d’autant plus tendue que les stocks européens restent inférieurs aux normes saisonnières. Ils étaient remplis à environ 48% mi-janvier, contre près de 60% à la même période l’an dernier, selon Gas Infrastructure Europe. Une fragilité structurelle qui renforce la volatilité des cours, alors que le gaz européen a déjà progressé de plus de 35 % depuis le début de l’année, d’après AFP. Au-delà de la conjoncture météorologique, cette crise met en lumière une dépendance croissante de l’Union européenne au gaz américain. Selon l’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière, la part du GNL américain dans les importations européennes est passée de 5% en 2021 à 27% aujourd’hui et pourrait atteindre 40% d’ici 2030. « Une dépendance excessive au gaz américain va à l’encontre de la stratégie de diversification et de sécurité énergétique de l’UE », avertit Ana Maria Heller-Macarewicz, analyste principale à l’IEEFA, citée par Politico. Si le remplacement du gaz russe par le GNL américain a permis d’éviter des pénuries immédiates après 2022, il expose désormais l’Europe à un nouveau risque géopolitique. Dans un marché mondial du gaz de plus en plus tendu, la hausse actuelle des prix rappelle que la souveraineté énergétique européenne reste, plus que jamais, un objectif inachevé.


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