La violence contre les enfants en Algérie prend des proportions inquiétantes. Coups, sévices, abus sexuels et maltraitances psychologiques affectent des mineurs vulnérables et souvent incapables de se défendre. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Pr Rachid Belhadj sur Ennahar TV, chef de service de médecine légale au CHU Mustapha d’Alger, «près de 320 à 334 cas de violence sexuelle sur des enfants sont enregistrés chaque année» par son seul service. À l’échelle nationale, les données restent fragmentaires, mais le Réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant «NADA» estimait à 13.000 le nombre d’enfants victimes chaque année. Violence sexuelle sur enfant reste encore un tabou d’où la difficulté d’avoir des chiffres approximatifs. Le châtiment corporel subi par les enfants que ce soit en famille ou à l’école est souvent considéré comme «normal». Les formes de violence sont multiples. Les accidents de la route, les coups et blessures prémédités dans le cadre familial, les conflits conjugaux et l’usage des enfants comme «moyens juridiques» lors de divorces aggravent le traumatisme. À l’école, certains mineurs subissent également des violences psychologiques ou physiques. Le Dr Djamil Azzouz, responsable de l’Unité médico-légale du CHU Mustapha, précisait en 2023 que «77% des victimes de violence sexuelle sont des enfants, souvent agressés par des proches ou des membres de la famille». Les séquelles sont profondes: anxiété, dépression, troubles comportementaux, difficultés scolaires, handicaps et marginalisation sociale. Face à ce drame, l’Algérie a renforcé son arsenal juridique. La loi de 2015 sur la protection de l’enfant, complétée par les décrets exécutifs n° 25-308 et 25-309 de novembre 2025, instaure des centres spécialisés, une cellule de veille cybernétique et des plateformes de signalement pour prévenir et traiter les atteintes aux mineurs. La Déléguée nationale à la protection de l’enfance, Meriem Cherfi, a souligné fin décembre que le Plan national pour l’enfance, en phase finale, représentait «un jalon supplémentaire pour garantir la qualité de la prise en charge et la protection des enfants». Les experts insistent sur l’importance d’une approche intégrée, alliant médical, judiciaire, social et psychologique. Le Pr Idres Terranti, président de la SAPEAPA, qualifie, en novembre 2023, la maltraitance infantile «d’épidémie» nécessitant une mobilisation collective. La prévention, le signalement et l’accompagnement des victimes restent essentiels pour limiter l’impact de ces violences sur les générations futures. En Algérie, protéger l’enfance n’est pas seulement un devoir légal: c’est un impératif de santé publique et un enjeu pour l’avenir de la société.



