Du laboratoire au champ, le défi agricole

Face à une dépendance structurelle aux importations de céréales, l’Algérie affiche désormais une ambition assumée : refonder son agriculture céréalière et légumineuse sur la science, la mécanisation et l’adaptation climatique. Face à une consommation de blé par habitant largement supérieure à la moyenne mondiale et des rendements plafonnés à 15 quintaux à l’hectare depuis des décennies, le pays trace une nouvelle ambition : doubler la production nationale et moderniser son agriculture céréalière et légumineuse. Mardi à Alger, lors d’une journée d’étude organisée par l’Office algérien interprofessionnel des céréales, le ministre de l’Agriculture, Yacine El-Mahdi Oualid, a donné le ton: «Le développement des filières céréalières et légumineuses repose sur l’exploitation effective des résultats de la recherche scientifique». Il souligne que de nombreuses études restent inexploitées, alors qu’elles pourraient transformer semences, irrigation, fertilisation et répartition géographique des cultures. L’innovation s’invite sur le terrain. À Oued Souf, le triticale, hybride résistant au climat et aux sols pauvres, a atteint 137 quintaux à l’hectare et produit 450 tonnes de fourrage, preuve que la science peut faire sauter le plafond des rendements. Parallèlement, des prototypes de moissonneuses locales promettent de réduire des pertes post-récolte estimées à 20 %. Le ministre détaille également une feuille de route ambitieuse : extension des superficies irriguées à 500 000 hectares, rotation des cultures, contrôle strict de la qualité des engrais et création de coopératives de mécanisation. Mais sur le marché mondial, la partie est loin d’être gagnée. L’Algérie vient de sécuriser environ 600 000 tonnes de blé tendre à 254 dollars la tonne coût et fret, selon Reuters, une opération rendue possible par les prix compétitifs du blé argentin. Dans le même temps, les cours européens reculent sur Euronext, pénalisés par la parité euro-dollar et la concurrence des origines mer Noire. Pour Yacine Oualid et ses équipes, l’équation est claire : l’Algérie doit articuler achats stratégiques et transformation interne du secteur agricole. Entre modernisation de la production, valorisation de la recherche scientifique et suivi du marché international, le pays vise un objectif ambitieux : garantir sa souveraineté alimentaire, tout en réduisant sa dépendance extérieure dans un monde céréalier de plus en plus instable.


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