La colonisation de l’Algérie est un ensemble de faits historiques établis et prouvés par les archives coloniales et des témoignages accablants des moudjahidine, d’historiens des deux pays mais aussi d’anciens militaires français qui ont choisi la «confession» pour se délivrer du poids de la «torture de la conscience». Ce sont donc des faits avérés et établis qui ne doivent en aucun cas passer sous silence. L’Algérie n’a nul besoin de «cadeau» mais un droit de reconnaissance légitime et historique. Emboîtant le pas à ses prédécesseurs, la nouvelle présidente de l’Association France Algérie (AFA) Ségolène Royal a réitéré son appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux en Algérie comme un premier pas dans le processus de la normalisation des relations diplomatiques et de résolution de la crise politique entre les deux pays. Plus aucun doute, pour l’Algérie, cette reconnaissance signifie beaucoup de choses sur le plan du droit aux «excuses françaises» à propos des crimes commis par la France durant 132 ans d’occupation de l’Algérie. La sortie médiatique de Ségolène Royal intervient au moment où le sénat algérien étudie et s’apprête à voter une résolution sur la criminalisation des crimes coloniaux en Algérie. C’est dire la grosse pression qui pèse sur l’Elysée car cette résolution algérienne qui criminalise les actes de massacres, tortures et disparitions d’Algériens durant la douloureuse époque de la colonisation de l’Algérie, est lourde de conséquences tant elle pourrait ouvrir la voie à des poursuites devant les instances internationales à compétence juridique pénale. La France de Macron est visiblement sur une poudrière. L’Algérie a en effet adopté une loi qualifiant de «Crime d’Etat» la colonisation du pays. En réaction, la France a considéré cette loi comme un «acte hostile». Pas seulement, car avant Ségolène Royal, l’historien français Benjamin Stora avait adopté la même position appelant les Français à s’excuser auprès de l’Algérie. Lors d’un rendez-vous tenu à l’Institut des relations internationales et stratégiques en présence d’universitaires, militants et acteurs du dialogue franco-algérien sur un thème lourd de sens: «Demain, la France et l’Algérie», le ton a été donné dès les premières instants. Pour Ségolène Royal, la crise actuelle ne se réglera pas par des gestes symboliques. Ni par des rappels d’ambassadeurs. Pour Ségolène Royal rien n’étouffera ni n’effacera le lourd contentieux des crimes coloniaux en Algérie sauf si la France, par respect et en reconnaissance au peuple et à l’Etat algérien, s’active à présenter des excuses officielles. Pour la présidente de l'AFA, le blocage est plus profond et il touche à l’histoire. «Le problème, c’est la mémoire», affirme-t-elle, en rappelant que «certaines blessures, les crimes de la colonisation, n’ont pas été nommées totalement, ni réparées, ni excusées». Dans un débat politique souvent parasité par l’expression de «rente mémorielle», l’ancienne ministre assume une position ferme. Elle rejette cette notion. «Je n’accepte pas le concept de rente mémorielle, parce que c’est une manière commode de délégitimer la parole des blessés de l’histoire». Pour Ségolène le règlement de la crise de la mémoire passe avant le règlement des autres contentieux. Il ne s’agit ni d’un calcul politique ni d’un rapport de force. «La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul ou un intérêt, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés». Une reconnaissance jugée indispensable pour sortir de l’impasse diplomatique. Deuxième pilier de son plan. Les restitutions : Biens culturels, archives, restes humains. Le message est limpide. «Pour l’Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre». Ségolène Royal cite plusieurs symboles forts. Les objets de l’Émir Abdelkader, figure majeure de la résistance du XIXème siècle. Conservés au musée Condé de Chantilly. «Hier, j’étais en contact avec le musée de Chantilly. Je voudrais bien sûr que tous les objets (…) puissent être restitués, essentiellement sa tente, son sabre, son fusil et d’autres objets». Elle évoque aussi le canon Baba Merzoug, exposé à Brest. La promesse est directe. «Je vais voir cela avec le maire de Brest pour que ce soit fait dans les meilleurs délais». Autre dossier sensible. Les restes humains. Ségolène Royal dit travailler à la restitution «de la totalité des dépouilles des résistants algériens et des crânes». Troisième axe: Les essais nucléaires français menés dans le Sahara algérien dans les années 1960. Un sujet longtemps tenu à distance. Ségolène Royal réclame la transmission complète des archives à l’Algérie. Et une mise à jour des données sanitaires et environnementales. «Que soient mises à jour toutes les conséquences, notamment les contaminations et les conditions de la dépollution de ce territoire». Au-delà du devoir de vérité, elle y voit un terrain concret de coopération. «Voilà une belle opportunité de développer des entreprises sur le secteur énergétique, sur le secteur de la transition énergétique et de la propreté environnementale». Elle appelle à mobiliser «les meilleurs spécialistes sur la dépollution de production nucléaire». Pour la nouvelle présidente de l’Association France–Algérie, la mémoire ne doit pas enfermer. Elle doit ouvrir. «Il faudrait d’abord abattre les murs pour construire des passerelles de savoir et de respect par le dialogue, entre étudiants, entrepreneurs, chercheurs, artistes, créateurs et bien d’autres». Une conviction résumée en une phrase. «La reconnaissance des crimes coloniaux permettra la résilience complète et la libération vers la création, la projection vers des projets communs joyeux et enthousiasmants».
Crimes coloniaux en Algérie. Ségolène Royal appelle la France à s’excuser
- par B. Habib
- Le 19 Janvier 2026
- 63 visites



