Hocine Aït Ahmed, le militant

«Ce qui m'importe, c'est de redonner la parole au peuple, de militer pour la permanence du jeu démocratique, pour le respect du pluralisme linguistique et politique. La parole du peuple est déjà très loin du droit chemin». H. Ait Ahmed /1985

Né dans une famille de marabouts et d’érudits d’une grande zaouïa de la grande Kabylie. Son grand-père avait failli émigrer en Syrie, si ce n’était l’insistance des citoyens de la région. C’était afin de rejoindre les milliers d’Algériens et de Kabyles, à leur tête l’Emir Abdelkader. Ils refusaient de vivre sous une autorité étrangère et en plus, non musulmane, selon les concepts religieux de ce temps. En plein guerre mondiale, âgé de 16 ans, Da l’Hocine – comme on l’appelait toujours en Kabylie - avait rejoint le Parti du Peuple Algérien, figure de proue du militantisme algérien pour l’indépendance où en dépit de son âge, relativement très jeune, avait réussi à se faire désigner par les autorités du parti de l’époque, à endosser d’importantes responsabilités au sein de ce parti qui ne va pas tarder à être dissous par les autorités coloniales. Ait Ahmed était parmi l’un des premiers militants ayant déclenché la révolution armée contre l’occupant en Novembre 1954. Il deviendra un des trois représentants de cette cause en Egypte, très connue sous le nom de délégation étrangère, qui avait pour mission d’abord faire connaître la cause auprès des Etats et des peuples du Moyen Orient. Ensuite, coordonner avec les gouvernements de ces pays l’acheminement des aides et des armes fournies à la révolution par ces pays. Il sera incarcéré à partir de 1956, jusqu’à l’indépendance, suite à l’affaire de l’avion piraté par les autorités françaises. Malheureusement, après l’indépendance, Ait Ahmed est entré en conflit avec ses frères d’armes d’hier. Il n’était pas d’accord au sujet d’un Etat socialiste «monopartite» et totalitaire, très à la mode en cette époque de l’Histoire. Après une tentative de recours à la force n’ayant pas abouti, il choisira l’exil …Ce choix va absorber le restant de sa vie jusqu’à sa mort. Avec l’avènement du pluralisme et du multipartisme, Ait Ahmed avait, par le truchement de son parti, le FFS, pu se faire une place importante dans l’échiquier politique national. En laissant son parti évoluer sur la scène politique, il avait choisi de retourner à l’exil volontaire, surtout après l’assassinat non encore élucidé, de son collègue et frère d’arme Si Mohamed Boudiaf…. Ce n’était pas le pluralisme auquel il avait, sincèrement, cru et rêvé au cours de son long parcours militant, ayant duré environ 70 ans.


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