Comment l’Algérie aspire-t-elle à garantir le soutien des ménages? Par quels moyens régulateurs se mettre à l’abri du risque des réductions de l’offre en produits de base? Durant et la veille de chaque Ramadhan, le citoyen lambda fait face à des flambées de prix et à une diminution sensible sur les marchés des produits de nécessité. Ces dernières années, l’Algérie a réussi à contourner le spectre du commerce informel et ce qu’il entraîne comme flambées et pénuries par la création de marchés de proximité et la multiplication des points de distribution pour couper court aux appétits machiavéliques des spéculateurs de tous bords et des amateurs des «ventes à deux ou trois mains». Elle veut désormais se prémunir dès le début de l’année 2026, des risques d’aléas économiques internationaux. Tout compte fait, rien n’est désormais plus certain d’autant plus que les prémices de tensions sur les marchés d’approvisionnement sur plusieurs pays au monde, commencent à se manifester. Ce qui a amené l’Algérie à durcir sa lutte contre le commerce informel et par la même occasion à accentuer de plus belle les mesures préventives et proactives à l’approche du prochain mois sacré. Le gouvernement a décidé de mesures drastiques pour contrecarrer les pratiques spéculatives et leurs corollaires: les ventes dans les marchés au noir. D’aucun parmi les spécialistes estiment que les balbutiements et autres perturbations d’approvisionnement des marchés internationaux risquent d’engendrer des fluctuations sur l’offre en produits de consommation stratégiques. L’expert et économiste, Nabil Djemaa, a dévoilé, ce mercredi, une analyse approfondie de la batterie de mesures économiques prises mardi, par le gouvernement à l’approche du mois de Ramadhan. Cette montée au créneau du gouvernement algérien n’est nullement dictée par hasard de calendrier mais intervient dans un contexte économique mondial peu enviable car marqué par des tensions sur les marchés et une inflation persistante. S’exprimant dans l’émission «L’invité du jour» sur la Chaîne 3 de la radio algérienne, Nabil Djemaa a insisté sur la spécificité du mois de Ramadhan dans l’économie algérienne, soulignant que «cette période met traditionnellement à rude épreuve les circuits de distribution et le pouvoir d’achat des ménages». «Le mois de Ramadhan, avec ce qui se passe sur le marché réel algérien, notamment les prix, la concurrence et surtout les circuits de distribution, révèle de nombreuses dysfonctionnements», a-t-il expliqué. Eviter les pénuries réguler les marchés d’approvisionnement et les chaînes de distribution sont à tout le moins le leitmotiv principal des pouvoirs publics en Algérie. Selon lui, les problèmes ne se limitent pas à l’offre, mais concernent également la multiplicité des intermédiaires, y compris les circuits parallèles qui pénalisent directement le consommateur. L’économiste estime cependant que cette année, l’approche gouvernementale marque une rupture avec les pratiques du passé. «Contrairement aux années précédentes, l’État a anticipé au lieu de gérer la crise au jour le jour», a-t-il affirmé, saluant «la constitution de stocks stratégiques», «la facilitation d’importations ciblées» et «le renforcement du contrôle des circuits de distribution». Pour Nabil Djemaa, ces mesures traduisent «une gestion proactive» d’un choc saisonnier, même si elles restent conjoncturelles et non structurelles. Sur la question de la préservation du pouvoir d’achat, l’expert a mis en avant l’importance du «cadrage macroéconomique» fixé par les plus hautes autorités. «La feuille de route présidentielle repose sur des piliers clairs dont la sécurité économique et sociale et la sécurité alimentaire», a-t-il rappelé. Il a également insisté sur la nécessité de maintenir le soutien budgétaire des ménages, affirmant qu’«il ne faut pas qu’à la fin du Ramadhan, le consommateur se retrouve déficitaire». Nabil Djemaa a aussi souligné un changement notable dans la gouvernance économique actuelle, caractérisé par l’exigence de résultats mesurables. «Ce qui est nouveau, c’est l’insistance sur les résultats sur le terrain, pas sur les effets d’annonce», a-t-il déclaré, évoquant la responsabilisation directe des ministres dans l’exécution des décisions. À ses yeux, cette approche vise à rompre avec les pratiques passées où les contrôles étaient ponctuels et inefficaces. «L’exportation n’est plus une foire, c’est devenu un outil structurant de l’économie nationale». L’intervention de l’économiste s’est ensuite élargie à la question stratégique de la production nationale et des exportations. À l’occasion de l’ouverture du premier Salon national des produits algériens d’exportation, Nabil Djemaa a rappelé que l’exportation ne doit plus être perçue comme un événement ponctuel. «L’exportation n’est plus une foire, c’est devenu un outil structurant de l’économie nationale», a-t-il affirmé, soulignant la nécessité de réduire la dépendance aux hydrocarbures. Il a expliqué que si des mesures incitatives existent, les difficultés résident surtout dans l’opérationnalisation, notamment aux niveaux bancaire, logistique et local. «La cohérence stratégique existe, mais la difficulté est dans la mise en œuvre», a-t-il précisé. Pour lui, les entreprises algériennes, publiques comme privées, doivent opérer un changement de mentalité managériale en intégrant des services dédiés à la recherche de marchés extérieurs. Commentant l’exportation d’acier algérien vers plusieurs pays européens via Tosyali, Nabil Djemaa a qualifié cette initiative de pas «important». Il a toutefois rappelé que la réussite durable passe par une chaîne d’export complète, intégrant logistique, financement, administration et diplomatie économique. «Exporter n’est plus un acte marginal, mais une fonction centrale de l’économie nationale», a-t-il conclu.
Le gouvernement prend plusieurs mesures à l'approche du mois de Ramadhan. Les circuits parallèles mis à l'index
- par B. Habib
- Le 14 Janvier 2026
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