Le président Tebboune a esquissé presque tous les sujets d’actualité et n’a visiblement rien laissé au hasard qui puisse relever du suspense durant sa rencontre inédite avec la presse nationale. Abdelmajid Tebboune est allé droit au but. Avec son franc-parler coutumier et ses réserves diplomatiques quand il s’agit de la France, le président a indiqué que l’Algérie a de très bonnes relations avec les grandes nations. Le moins que l’on puisse dire est que l’interview donnée hier par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à la presse nationale, a été à forte connotation politique. L’actualité nationale sera brossée de «A» à «Z». Le chef de l’Etat a répondu à toutes les questions sur des thématiques à caractère politique. Révision technique de la Constitution, liberté de la presse, corruption, mesures exceptionnelles pour les Algériens établis à l’étranger, USA, France, loi sur les partis, dialogue politique, projet de société, Gara Djebilet … Le président Tebboune ne s’est pas dérobé pour satisfaire la curiosité des journalistes et répondre directement aux questions posées. Mais ce qu’a dit le président sur les rumeurs d’un 3e mandat? Cette question s’est propagée telle une traînée de poudre que le président a vite effacée. D’abord concernant la révision technique de la Constitution. Le président l’a abordée à cœur joie et sans détours d’ailleurs. A propos des rumeurs sur sa supposée intention de modifier la Constitution pour pouvoir briguer un autre mandat comme cela avait été avancé ici et là, il répondra sans hésitation: «Ceux qui ont propagé les rumeurs de mon désir d’ouvrir la limitation de mandats, travaillent à la solde d’agendas étrangers». Ne se limitant pas à répondre aux rumeurs concernant la prolongation de son mandat, le président Tebboune a dévoilé, arguments à l’appui, les raisons qui ont conduit à la révision de la Constitution, expliquant les problématiques techniques enregistrées qui expliquent les retouches apportées au texte constitutionnel. «Notre but est de construire une vraie démocratie. Il y a des dysfonctionnements dans la pratique constitutionnelle. La Constitution est bonne mais il y a des failles dans la pratique», a expliqué Abdelmadjid Tebboune. Le chef de l’Etat a donné deux exemples de «dysfonctionnements» qui ont rendu nécessaire la révision technique de la Constitution. «Quand on renouvelle le tiers présidentiel, le mandat du président du Sénat est remis en jeu, au bout de trois ans. Nous avons proposé que le président ne participe pas au scrutin». « Quand je désigne des vice-présidents de la Cour constitutionnelle pour six ans et qu’eux aussi doivent être renouvelés tous les trois ans, il y a contradiction avec le décret présidentiel. Il y a des choses techniques », a illustré le président Abdelmadjid Tebboune qui a de nouveau abordé le dialogue national qu’il a annoncé auparavant, donnant plus de détails sur les contours de son initiative. Le président part du principe que «le dialogue est une chose noble» et ne doit donc pas être vain, vidé de son sens ou être un simulacre. «Ce n’est pas un jeu politique pas pour que les gens voient qu’on discute avec l’opposition. Je ne veux pas faire de spectacle. On a grandi dans ce genre de spectacle. J’ai vécu les pactes nationaux durant le parti unique. Ce n’est pas dans une salle qu’on révise tout cela», a tenu à clarifier le chef de l’Etat. Le président Tebboune a évoqué le contenu du dialogue. «Je ne peux pas discuter avec ceux qui veulent tout effacer depuis 1962. Par contre, on peut corriger ce qu’il y a à corriger. On peut discuter de plusieurs points», a concédé Abdelmadjid Tebboune. Sur la teneur du dialogue national, le président Tebboune a laissé entendre que les débats porteront sur des questions fondamentales pour la vie publique en Algérie. « Il y a des changements immédiats et d’autres à long terme. Quand on rencontrera les partis, on discutera sur ce qu’on veut pour l’Algérie. On discutera du projet de société», a annoncé Abdelmadjid Tebboune. Le chef de l’Etat a étalé sa vision de ce que doit être un parti politique, au moment d’aborder la révision de la loi sur les partis politiques qui précédera le dialogue national. «Quel est le rôle d’un parti? Un parti doit viser le pouvoir et ne pas se contenter de s’opposer. Un parti milite pour une idée, une philosophie. La loi sur les partis va passer par le Parlement. Quand elle passera et que les partis s’y conforment, on discutera. Les partis effectifs sont présents avec des élus. Un parti sans élus n’est pas représentatif», a-t-il détaillé. Interrogé sur la liberté d’expression, le chef de l’Etat a réitéré sa position, refusant l’insulte sous couvert de la liberté d’expression. «La liberté d’expression est garantie par la Constitution, pas la liberté d’insulter. Certains ont traité de choses tranchées par la Constitution depuis Boumediene, Chadli et la Constitution actuelle. Tu viens diviser l’Algérie. Je ne laisserai pas faire l’autodestruction. Le peuple a des opinions diverses mais il est uni», a-t-il tranché. «Celui qui a un dossier sur un ministre qu’il le publie». Aussi, les mesures visant à faciliter le retour au pays d’Algériens, établis à l’étranger, poursuivis par la justice algérienne, ont été abordées. Le président Tebboune a tracé le cadre de ces mesures exceptionnelles. «Tous les Algériens, établis à l’étranger, sont concernés par les mesures de retour. Nul ne peut vivre paisiblement à l’étranger s’il n’est pas à la solde des services secrets et les mafias de ces pays», a poursuivi le président, avant d’ajouter: «Ceux qui ont été embrigadés par les services secrets étrangers, ne sont pas les bienvenus. Certains ont pu entrer malgré des vidéos malveillantes mais ils n’étaient pas à la solde de services étrangers. Certains peuvent être manipulés en raison de leurs erreurs mais être correspondant de l’entité, d’un pays ennemi et être payé, c’est une trahison». Le président Tebboune s’est adressé aux Algériens concernés par ces mesures: «Critique, donne ton avis mais pas pour détruire et par le mensonge. Rentre dans ton pays. Tu as les start-up, l’allocation chômage. Notre but est le rassemblement». Répondant à une question sur la possibilité de la presse de révéler des scandales où seraient impliqués des responsables, le chef de l’Etat a répondu clairement. «Celui qui a un dossier sur un ministre, qu’il le publie. Je le dis aux journalistes. Chaque jour, on a des signalements. Des responsables, y compris de la Présidence, ont été jugés et sont en prison», a-t-il déclaré. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a consacré le dernier mot de son interview aux Algériens de la classe moyenne. «Nous agissons parfois par paternalisme certes. Nous voyons des choses que le simple citoyen ne voit pas. Nous sommes au sommet de l’État pour servir l’Algérien lambda», a, ainsi, conclu le chef de l’Etat.
Constitution, liberté de la presse, loi sur les partis, dialogue politique... Tebboune sans fard
- par B.kamel
- Le 08 Février 2026
- 62 visites



