Washington s’agite, l’OPEP garde la main

Le marché pétrolier traverse ce début d’année 2026 dans un paradoxe saisissant : jamais la géopolitique n’a semblé aussi explosive et pourtant les prix restent contenus. Dernier épisode en date, l’arraisonnement par les garde-côtes américains d’un cinquième pétrolier transportant du brut vénézuélien, l’Olina, anciennement Minerva M, déjà sanctionné pour avoir convoyé du pétrole russe. Washington intensifie ainsi sa lutte contre la « dark fleet », cette flotte fantôme d’environ 1.000 navires accusés de contourner les sanctions. Selon les autorités américaines, près de 70 % des exportations vénézuéliennes reposent sur ces navires sanctionnés. L’objectif est double: asphyxier financièrement Caracas et adresser un avertissement clair à la Russie, à la Chine et à l’Iran. Cette stratégie accroît mécaniquement les tensions diplomatiques d’autant plus qu’un navire, escorté par la marine russe, a récemment été saisi, selon le Wall Street Journal. Sur le plan politique, l’offensive américaine au Venezuela et la capture spectaculaire de Nicolas Maduro n’ont pourtant pas bouleversé les cours. Le Brent évolue autour de 60 dollars le baril, dans un marché jugé structurellement excédentaire, rapporte Zonebourse. «Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées au monde, mais sa production reste inférieure à 01 million de barils par jour», rappelle Frédéric Lorec, analyste chez AlphaValue, soulignant l’écart entre le potentiel théorique et la réalité industrielle. Même prudence du côté des marchés émergents. «Tout redémarrage crédible de la production prendra des années et nécessitera des dizaines de milliards de dollars», estime Filipe Gropelli Carvalho, analyste chez DPAM. Un diagnostic partagé par l’IFPEN: « La production vénézuélienne représente à peine 1 % de l’offre mondiale, son impact sur les prix reste donc marginal », analyse Jérôme Sabathier, relaye Connaissance des Énergies. Dans ce contexte, l’OPEP joue la montre. Selon une enquête Reuters, la production du cartel a reculé en décembre, notamment en Iran et au Venezuela, malgré un accord OPEP+ visant à relever graduellement l’offre, rapporte Reuters. Une stratégie de stabilisation autour de 60 dollars le baril, alors que l’AIE anticipe un excédent d’offre pouvant atteindre 4 millions de barils par jour en 2026. À court terme, le marché pétrolier semble donc moins guidé par les coups d’éclat politiques que par ses fondamentaux: stocks élevés, demande en ralentissement et capacités de production largement suffisantes.


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