Donald Trump parle et le monde retient son souffle. À bord d’Air Force One, entre deux déclarations cinglantes, le président américain a de nouveau rappelé sa vision des relations internationales: brutale, décomplexée, assumée. L’Iran, le Groenland, Cuba… La liste des pays placés sous avertissement américain s’allonge, comme si la planète entière était devenue un vaste terrain d’essai pour une diplomatie de la menace. À Téhéran, la rue gronde contre l’inflation et la misère. Trump observe et prévient: si le régime iranien «recommence à tuer», les États-Unis frapperont «très durement». Une phrase lourde de menaces, qui résonne d’autant plus fort que la République islamique est fragilisée, à la fois de l’intérieur et sur la scène régionale. «Avec Trump, l’imprévisible est devenu une méthode», résume Sanam Vakil, de Chatham House. Pour l’Iran, plus aucune ligne rouge ne semble désormais intangible. Mais le regard de Washington ne se limite pas au Moyen-Orient. Au nord de l’Atlantique, le Groenland s’est invité dans l’agenda présidentiel. Donald Trump répète qu’il en a «besoin» pour la sécurité américaine, balayant d’un revers de main la souveraineté danoise. À Copenhague, la réponse est glaciale. À Nuuk, l’agacement se mue en colère. Pour Jennifer Kavanagh, du think tank Defense Priorities, «ce type de discours fissure les alliances et normalise l’idée qu’un rapport de force peut suffire à redessiner les cartes». À l’ouest, Cuba est décrite comme un fruit mûr, «prêt à tomber». Nul besoin, selon Trump, d’une intervention militaire: l’effondrement viendrait de lui-même. Une rhétorique familière, héritée de la doctrine Monroe, remise au goût du jour, sous un slogan implicite : l’Amérique d’abord, l’Amérique partout. Derrière ces déclarations en cascade, une inquiétude grandit. Car si la menace devient un outil banal, si le droit international se transforme en variable d’ajustement, alors le risque n’est plus seulement celui d’un conflit local, mais d’un dérapage global. Un monde où l’on ne négocie plus: on avertit, on intimide, on frappe. Et où chaque mot présidentiel peut désormais faire trembler l’équilibre planétaire.



