La drogue, un défi national majeur

La drogue ne frappe plus à la porte: elle s’installe. Silencieuse, méthodique, soutenue par des réseaux criminels qui ont fait de la fragilité sociale et de la jeunesse leur principal terrain de chasse. C’est ce constat sans détour qui s’est imposé lors de la journée d’étude organisée à l’Assemblée populaire nationale, consacrée à la prévention des dangers de la drogue et au traitement de la toxicomanie. À la tribune, le message est clair: la toxicomanie n’est plus un phénomène marginal, mais un défi national. Le président de l’APN, Brahim Boughali, a parlé d’une «guerre non déclarée», menée contre la stabilité de l’État et la cohésion de la société, avec un objectif précis: transformer l’Algérie, longtemps zone de transit, en marché de consommation. Une stratégie facilitée par une géographie exposée et des frontières longues et poreuses. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En onze mois seulement, plus de 160.000 affaires liées aux drogues et aux psychotropes ont été traitées par les services de la Sûreté nationale en 2025. Au troisième trimestre de la même année, les Douanes ont saisi 3,587 millions de comprimés psychotropes, plus de 2,2 tonnes de kif traité et 151 kg de cocaïne. Des quantités industrielles qui disent l’ampleur du trafic et la pression exercée sur le territoire national. Face à cette déferlante, l’État resserre l’étau sécuritaire. L’Armée nationale populaire, la police, la gendarmerie et les douanes multiplient les opérations, démantèlent les réseaux et sécurisent les frontières. Mais la réalité est plus complexe. Les modes de consommation changent, les substances se diversifient et l’addiction gagne du terrain, parfois jusque dans les établissements scolaires. D’où l’insistance, au Parlement, sur une approche globale. Réprimer, certes, mais aussi prévenir, soigner et réinsérer. Réviser les lois pour suivre l’évolution des drogues, orienter les toxicomanes vers le traitement, développer les centres de désintoxication et former des spécialistes. Car le toxicomane n’est plus seulement un délinquant: il est aussi un patient. La lutte contre la drogue ne se gagnera pas uniquement dans les tribunaux ou aux frontières. Elle se joue aussi dans les écoles, les familles, les médias et la société civile. Une bataille longue, coûteuse, mais incontournable, pour éviter que le poison ne devienne banalité.


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