Le blé tiraillé entre conflits et excès d’offre

Le marché céréalier entame 2026 sur une ligne de crête. À Paris, le blé meunier a repassé début janvier le seuil symbolique des 190 €/t sur Euronext, culminant autour de 191,50 à 192 €/t sur l’échéance mars, un plus haut de six semaines, selon Reuters. Une fermeté qui doit moins à un retournement structurel qu’à un faisceau de risques exogènes, au premier rang desquels la géopolitique. La mer Noire reste l’épicentre des tensions. En Ukraine, les frappes russes répétées sur les ports du Grand Odessa et sur des infrastructures stratégiques continuent de perturber les flux. «Depuis quatre ans, le secteur céréalier ukrainien est ciblé sans répit», rappelle Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media «AFP/RFI». Résultat: des retards d’exportation, notamment en maïs, estimés à 04 à 05 Mt sur la campagne en cours selon Inter-courtage et une réorientation partielle de la demande vers l’Union européenne, au bénéfice de la France. À ces tensions s’ajoutent de nouveaux foyers d’instabilité. L’intervention américaine au Venezuela a ravivé chez les opérateurs la crainte de perturbations commerciales plus larges, contribuant à soutenir les cours sur Euronext. «Les prix trouvent un certain soutien dans les risques géopolitiques et quelques problèmes météo, mais l’ampleur de la production mondiale continue de peser», résume le négociant britannique Frontier Agriculture, relaye Reuters. Car en face, l’offre reste pléthorique. L’Argentine et l’Australie engrangent des récoltes de blé record, renforçant une concurrence déjà vive sur les marchés à l’export. Les blés russe et argentin se négocient autour de 220-226 $/t FOB, souvent en dessous des origines européennes, ce qui limite les débouchés, notamment vers l’Afrique du Nord. À Chicago, les cours oscillent au gré de la météo: la sécheresse persistante dans les Grandes Plaines inquiète, mais des pluies annoncées ont récemment tempéré les ardeurs haussières. Quelles perspectives pour les mois à venir? Selon RFI, trois inconnues rythmeront 2026: l’évolution de la guerre en Ukraine, l’appétit de la Chine - en net retrait sur le blé en 2025 - et le niveau des coûts, notamment des engrais, en forte hausse. Dans ce contexte, le consensus des analystes évoque un marché volatil, soutenu par les risques géopolitiques mais plafonné par l’abondance mondiale. Plus qu’une tendance franche, 2026 pourrait être l’année des soubresauts.


ads