Prolifération des constructions illégales. Saïd Sayoud tire la sonnette d'alarme

Abuser de la crédulité et de la responsabilité des responsables locaux pour ériger une construction illicite de quoi bénéficier d’un logement ne sera plus toléré. L’Etat déclare la guerre au «béton sauvage». Pas moins de trois cas majeurs de construction anarchique sont explicités en vertu d’une nouvelle instruction ministérielle datée du 22 octobre 2025. L’Algérie densifie sa lutte contre les constructions illicites tout en insistant sur la démolition sans délai de toute habitation ou chantier ne répondant pas aux normes et à la conformité et ce pour protéger le paysage urbanistique qui bat de l’aile depuis voilà la pandémie du Covid -19. En raison de la propagation du phénomène nourrie par de l’ambition illégitime de bénéfice d’un logement, un stratagème utilisé par les «pseudo demandeurs». Le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a décidé de passer à l’offensive pour préserver le paysage urbain national des convoitises. Un dossier visiblement choc que le ministère de Said Sayoud a décidé remettre sur la table afin d’élucider les circonstances et les aboutissants de ce phénomène en responsabilisant davantage les gestionnaires en charge du dossier et en instaurant une batterie de mesures pour le moins sévères à l’encontre des fauteurs et de leurs complices. Selon le journal «El Khabar», le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports a tiré la sonnette d’alarme devant la prolifération des constructions illégales en Algérie. Selon un diagnostic, des cités ainsi que des caves et terrasses de bâtiments y compris des chantiers non habités ou non en règle sont devenues la proie de constructions illégales. Il y va en effet de la sécurité des personnes qui les habitent illicitement ou qui les squattent. Ce phénomène a complètement métamorphosé le décor urbain des villes créant une anarchie et une déficience de visibilité dans l’environnement urbain. La chasse à la «cabanisation», au béton sauvage et aux chantiers illicites est désormais lancée. L’heure n’est plus à l’avertissement mais à l’action. L’instruction ferme, portant le numéro 13.115, a été adressée aux walis, aux présidents d’APC et à l’ensemble des responsables territoriaux. Dans son contenu, elle ordonne une mobilisation générale et sans délai pour traquer et démanteler les chantiers illicites. Pas seulement, cette instruction vise avec une clarté et sans ambages aucun les contrôles intensifiés «jour et nuit, y compris pendant les jours fériés». Une nouvelle guerre aux malfaçons constructives est ainsi ouverte. Pour cela, le ministère a détaillé un plan d’action offensif pour contrer la menace que représentent les constructions illégales. Pour les autorités nationales supérieures, une construction illicite ne peut servir en aucune manière d’un moyen ou d’un prétexte pour bénéficier d’un logement quels que soient les motifs. Trois catégories de bâtiments qui font l’objet d’une tolérance zéro ont été classées dans cette instruction ministérielle. D’abord les constructions non habitées, quel que soit leur stade d’avancement. Tout chantier illégal non habité doit être démoli, qu’il soit au stade de fondations ou presque achevé. La décision de démolition intervient dès l’établissement du procès-verbal de constatation de l’infraction. En plus, les bâtiments érigés dans des zones sensibles telles les berges d’oueds et les zones classées à risque font l’objet d’une surveillance étroite et renforcée. Toute construction illégale dans ces secteurs est systématiquement visée par les mesures de démolition. Les installations sur des terrains récupérés par l’État: les terrains et propriétés récemment restitués à l’État bénéficient d’une protection particulière. Toute nouvelle construction illicite sur ces parcelles fait l’objet d’une démolition expresse. «Le ministère ordonne la démolition de toute construction illégale quel que soit son taux d’achèvement» – Circulaire n°13115 du 22 octobre 2025. La ligne directrice ne laisse place à aucune ambiguïté, le ministère érige la démolition en règle pour tout chantier illégal non habité. Il ordonne aux services concernés d’accélérer l’émission et l’exécution des décisions de démolition dès la constatation de l’infraction. Que les travaux en soient à leurs fondations ou ont presque achevé la structure. Application de la mesure quel que soit le taux d’avancement des travaux. Seules les constructions entrant dans le cadre des procédures de régularisation, définies par la loi 08-15 et le décret 22-55, échappent à cette règle, le temps de l’étude de leur dossier. Si la répression se veut ferme, la politique du ministère inclut également un volet préventif et correctif. Toutefois pour ce qui est notamment des constructions illégales déjà habitées, les instructions du Conseil des ministres du 20 février 2023 restent en vigueur. En d’autres termes, il n'y aura pas de démolition. Des solutions sont préconisées dans le cadre des textes de régularisation. Parallèlement, le ministère exhorte les collectivités locales à actualiser et réviser les plans d’urbanisme pour plus de clarté, simplifier les procédures d’obtention du permis de construire via les guichets uniques, accélérer le traitement des dossiers dans le cadre des procédures de régularisation et organiser des campagnes de sensibilisation avec la société civile pour promouvoir une «culture urbanistique» et renforcer le civisme. Enfin, cette instruction ministérielle marque un tournant dans la gestion du dossier épineux des constructions illégales en Algérie.


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