Un nouvel équipement porte son nom et l'inauguration boycottée par les officiels. Annie Steiner hante encore la France

La France coloniale n’appartient pas seulement au passé, elle continue de se manifester aujourd’hui à travers un pouvoir rancunier qui s’acharne sur les symboles de la lutte anticoloniale et refuse d’assumer ses responsabilités historiques. À Vénissieux, l’inauguration d’un nouvel équipement polyvalent s’est déroulée le mardi 26 août dans un climat marqué par ce refus obstiné. La municipalité a donné à ce lieu le nom d’Annie Steiner, militante du FLN décédée en 2021 et ce choix a immédiatement suscité la colère de l’État français. Aucun représentant officiel n’a daigné prendre part à la cérémonie. Sur ordre du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, la préfète du Rhône a boycotté l’événement, confirmant ainsi l’incapacité de la France officielle à reconnaître la légitimité de celles et ceux qui avaient pris le parti de la liberté et de l’indépendance algérienne.
Dans un communiqué, la préfecture a condamné la décision de la municipalité de Vénissieux de donner à l’équipement le nom d’Annie Steiner. Elle a rappelé que l’État avait financé le projet à hauteur de 1,7 million d’euros et affirmé qu’un autre nom, présenté comme plus favorable à la concorde et à la culture, aurait été préférable. Cette réaction démontre que la mémoire anticoloniale demeure insupportable pour l’État français, qui persiste à refuser d’affronter son passé colonial et continue de considérer les figures de la résistance comme des ennemies, même lorsqu’elles appartiennent désormais à l’histoire. Annie Fiorio-Steiner est née en 1928 à Hadjout, alors appelée Marengo, dans une famille de Pieds-noirs installée depuis trois générations. Elle aurait pu mener une existence paisible et profiter des privilèges de son milieu d’origine, mais ses études et son engagement dans les centres sociaux, créés par l’ethnologue Germaine Tillion, la confrontèrent très tôt aux injustices structurelles du colonialisme français. Refusant la résignation, elle choisit de rejoindre le combat pour l’indépendance de l’Algérie et devint une militante anticolonialiste déterminée. Cette décision bouleversa sa vie et l’exposa à toutes les épreuves. Elle perdit la garde de ses deux filles, subit un divorce douloureux, connut l’emprisonnement, la torture et les humiliations infligées par l’administration coloniale. Condamnée dès 1956 pour des activités qualifiées de subversives, Annie Steiner s’imposa comme l’une des figures emblématiques de l’engagement anticolonialiste et du combat pour la liberté. Jusqu’à sa mort en 2021, elle incarna une passerelle vivante entre la France et l’Algérie, donnant cher à l’idée qu’une autre relation entre les deux peuples était possible, fondée non pas sur la domination mais sur la justice et la solidarité. Pour l’État français, fidèle à une logique de dénégation, Annie Steiner ne fut jamais qu’une complice de la lutte armée. Cette lecture réductrice occulte pourtant la vérité fondamentale du système colonial qui ne fut rien d’autre qu’une entreprise de massacres, de pillages et d’asservissements. Annie Steiner n’est pas seulement une militante engagée pour une cause algérienne juste, elle est aussi une héroïne, une conscience en éveil et une flamme indomptable dans la nuit coloniale, un nom qui s’inscrit légitimement au panthéon universel des résistances. En boycottant l’hommage rendu à Annie Steiner, la France officielle révèle qu’elle demeure prisonnière de son passé colonial. De l’Algérie d’hier à la Palestine et au Sahara occidental d’aujourd’hui, elle persiste à criminaliser les résistances et à soutenir les puissances coloniales alliées, dissimulant derrière un discours de culture et de concorde, une arrogance et un mépris qui n’ont jamais disparu. La municipalité de Vénissieux, en choisissant de donner le nom d’Annie Steiner à cet équipement, a brisé ce mur du silence et rappelé qu’il existe bel et bien une autre France, celle des justes, des résistants et de ceux qui ont toujours choisi de marcher aux côtés des peuples en lutte. Cette vérité demeure insupportable pour le pouvoir macroniste, héritier des nostalgies de l’Algérie française et des obsessions de l’OAS. Même disparue, Annie Steiner continue de faire trembler l’État français. Elle demeure une mémoire vivante, une flamme sacrée qui poursuivra son œuvre d’inspiration auprès des générations futures, tout comme brûle encore la braise immortelle de la guerre de libération nationale.


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