En France, rien ne va plus. La crise est bien là, elle est réelle. Elle est économique mais aussi politique. Et le gouvernement Bayrou est au bord du gouffre. Depuis hier, l'incertitude politique et financière s'est encore précisée, suite à ce que les médias en France appellent «le coup de poker du Premier ministre». François Bayrou sait qu'il risque de tomber à cause de cette crise budgétaire comme son prédécesseur Michel Barnier. Pour éviter un tel scénario, et à sa demande, le président Emmanuel Macron va ainsi convoquer une session parlementaire extraordinaire le 8 septembre et M. Bayrou sollicitera le jour même la confiance de l’Assemblée sur une déclaration de politique générale. Il espère ainsi faire valider la nécessité d’un tel plan de réduction du déficit public, avant d’en négocier les mesures, dans un second temps. C'est sans compter avec une opposition farouche et décidée à ne laisser aucune chance de réussite au gouvernement, privé de majorité depuis sa naissance en décembre dernier. Confronté au rejet de son plan d’économies budgétaires de près de 44 milliards d’euros d’économies, par les partis d’opposition comme dans l’opinion et à des appels à bloquer le pays le 10 septembre. Sa mission est déjà très compliquée. Du Rassemblement national (extrême droite) à La France insoumise (gauche radicale), en passant par les écologistes et les communistes, tous ont promis de voter contre la confiance. Selon Olivier Faure, le patron du Parti socialiste, «François Bayrou a fait le choix de partir. Dans les conditions de majorité actuelle, il sait qu’il ne peut obtenir un vote de confiance des oppositions. C’est une autodissolution». «Nous sommes à la bataille dans un travail de conviction pour avoir cette majorité le 8 septembre», a plaidé le ministre de l’Économie, Eric Lombard, convaincu de l'existence d'une «marge de négociation» sur le partage de l’effort des 44 milliards d’économies. Mais pour Mathieu Gallard, directeur de recherche à l’Institut de sondage Ipsos, la décision de François Bayrou «semble être un hara-kiri». En effet, le Premier ministre français joue avec le feu et il risque gros. Il faut savoir que la dette publique française représente près de 114 % du PIB, soit la troisième plus importante de la zone euro derrière la Grèce et l’Italie. Cette instabilité politique, inédite sous la Ve République française, proclamée en 1958 pour justement en finir avec la valse des gouvernements, a été déclenchée par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 par Emmanuel Macron, au nom d’une nécessaire «clarification», après le revers essuyé par son camp aux élections européennes. D'autre part, Jean-Luc Mélenchon annonce le dépôt d'une nouvelle procédure de destitution contre Emmanuel Macron. Emmanuel Macron "doit partir" si François Bayrou n'obtient pas la confiance de l'Assemblée nationale le 8 septembre, a estimé le leader Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. "On ne peut pas négocier avec ce pouvoir et il faut empêcher Monsieur Macron de nommer pour la troisième fois un Premier ministre qui ferait la même politique. Voilà pourquoi il faut le destituer. Le chaos, c'est Macron", a-t-il déclaré. Ajoutant: "Le plus court chemin, c'est que le responsable s'en aille". "Il faut aller à la cause, monsieur Bayrou n'est pas le responsable de la situation dans laquelle il se trouve, c'est tous ceux qui l'ont précédé par leurs mauvaises politiques économiques et de gestion. S'il y a un responsable, c'est la président de la République". Jean-Luc Mélenchon a également annoncé le dépôt à l'Assemblée d'une nouvelle procédure de destitution contre le chef de l'État, le 23 septembre prochain. "Nous sommes dans une crise globale, la politique de l'offre a échoué, le président a toujours dit qu'il n'en changerait pas et qu'il ne fallait pas augmenter les ponctions à faire sur les grandes fortunes et c'est sa politique qui a échoué". L'ancien candidat à l'élection présidentielle déplore une crise de régime dont la cause est "la politique qu'il souhaite continuer de mener". Il a ainsi réitéré son appel à un passage à la 6ème République "corrigeant les excès de la 5ème République, qui a atteint ses limites".
Synthèse de B. L.