Depuis plusieurs mois, les automobilistes algériens roulent avec une inquiétude supplémentaire : trouver un pneu neuf est devenu un casse-tête. Les prix se sont envolés, parfois quadruplés, transformant un produit de sécurité routière en denrée rare. Comment expliquer une telle crise ? D’abord, par la combinaison de plusieurs facteurs. Les changements réglementaires opérés depuis juin 2024 ont ralenti les importations massives, créant un déséquilibre entre offre et demande. Certains importateurs sont accusés d’entretenir artificiellement la pénurie en injectant de petites quantités sur le marché afin de maintenir des prix élevés, comme révélé par le journal Echorouk. Iris Tyres, seul fabricant local en activité, assure produire près de 4 millions de pneus par an, mais cette offre reste insuffisante face à un marché estimé à plus de 7 millions d’unités annuelles. Cette rareté a ouvert la voie à la spéculation. L’Association de protection du consommateur et l’organisation Himaytak tirent la sonnette d’alarme : la hausse de plus de 40 % incite certains automobilistes à rouler avec des pneus usés ou de provenance douteuse, un «danger silencieux sur la route» qui menace directement la sécurité des usagers. Face à cette situation explosive, les autorités multiplient les mesures. Des enquêtes ont été lancées par les directions du commerce dans plusieurs wilayas pour contrôler le parcours du pneu, du producteur au point de vente, et obliger distributeurs et importateurs à écouler leurs stocks sans surenchère (Echoroukonline.com). L’État a également organisé l’importation d’urgence de 300 000 unités, confiée à Naftal, afin de desserrer la pression. Mais la réponse se veut avant tout industrielle. Iris Tyres a signé des accords contraignants avec ses distributeurs pour stabiliser les prix, et investit dans une extension à Sétif qui permettra de produire 800 000 pneus poids lourds par an dès fin 2025, comme indiqué par Djamel Guidoum, PDG adjoint d’Iris, cité par Echorouk. D’autres projets structurants se dessinent : l’usine SHLI d’Oran, dont la pose de la première pierre a eu lieu en juillet, vise une production initiale de 7 millions de pneus par an, avec une montée en cadence à 22 millions. Selon l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, la capacité nationale pourrait atteindre 20 millions d’unités d’ici fin 2026, transformant l’Algérie de simple importateur à futur exportateur. En attendant, les automobilistes continuent de payer le prix fort. La promesse d’un «Made in Algeria» compétitif et abondant reste un horizon. Mais à court terme, seule une régulation rigoureuse et une ouverture ciblée des importations pourront alléger la facture et sécuriser les routes.