L’Algérie, nouveau hub énergétique du futur

Un souffle nouveau traverse la Méditerranée. En août 2025, le projet SunsHyne a franchi une étape déterminante: la validation de son étude de faisabilité technique et commerciale. Derrière ce nom, se cache un corridor énergétique inédit, long de 3.400 kilomètres, destiné à transporter chaque année jusqu’à 05 millions de tonnes d’hydrogène vert depuis l’Algérie vers l’Europe. L’ambition est claire: faire du sud de la Méditerranée l’un des principaux pourvoyeurs de cette énergie dite «du futur», indispensable à la décarbonation du continent européen, indique le média Attaqa. Le principe est aussi audacieux que pragmatique. Près de 85 % du tracé s’appuiera sur des gazoducs existants, adaptés pour accueillir l’hydrogène. Une stratégie qui permet de limiter les coûts et d’accélérer le calendrier de mise en service. La première phase devrait relier la Sicile à l’Europe centrale via l’Italie, l’Autriche, la Slovaquie, la République tchèque et l’Allemagne. Derrière ce chantier, on retrouve cinq géants européens de l’énergie: l’italien Snam, l’autrichien TAG/OMV, le slovaque Eustream, le tchèque Net4Gas et l’allemand OGE. Ensemble, ils misent sur une Europe plus indépendante des hydrocarbures russes, tout en consolidant une «dorsale hydrogène» appelée à structurer le marché continental. Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse largement l’exportation. Grâce à ses atouts solaires et éoliens, le pays dispose d’un des potentiels les plus compétitifs au monde pour produire de l’hydrogène vert: entre 4,0 et 4,2 $/kg selon une étude publiée dans Nature Energy (juin 2025), plaçant Alger au deuxième rang africain derrière la Mauritanie. Ce positionnement lui confère un rôle stratégique: celui de hub énergétique africain, capable de diversifier ses revenus au-delà du gaz naturel. Mais les promesses s’accompagnent de défis. D’abord techniques: l’hydrogène, plus volatile que le gaz naturel, exige une adaptation fine des pipelines et des protocoles de sécurité. Ensuite politiques et juridiques: coordonner six pays européens et l’Algérie suppose de bâtir un cadre réglementaire commun, sur la gestion comme sur le financement du projet. Enfin, Géoénergétique: la concurrence du projet SoutH2, soutenu par l’Union européenne, pourrait redessiner la carte des flux. Reste que SunsHyne, en reliant l’Afrique du Nord au cœur industriel européen, ouvre une perspective inédite. Une interconnexion énergétique où l’Algérie ne serait plus seulement «exportateur de gaz», mais véritable partenaire de transition verte. Dans un monde en quête de neutralité carbone, c’est peut-être là que se joue une partie de l’avenir énergétique du Vieux Continent.


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