Algériens de France. Entre réalité et préjugés

Témoignage: Quand Noëlle Lenoir, ancienne ministre, affirme que «des millions d’Algériens» seraient «des risques majeurs» et «n’ont rien à faire chez nous», je ne peux m’empêcher de sourire… un sourire amer. Ce «chez nous» qu’elle défend, c’est aussi le mien. Je suis né ici. J’ai grandi ici. J’ai appris l’histoire de France, chanté la Marseillaise, applaudi les Bleus, respecté les lois. Et pourtant, à chaque crise politique, on nous désigne, moi et ceux qui me ressemblent, comme un problème à régler. Ce n’est pas un dérapage isolé: c’est une mécanique bien rodée, recyclée depuis des décennies. Si la France se tient debout aujourd’hui, c’est aussi parce que des Algériens l’ont défendue et construite. Mes grands-parents et leurs frères d’armes ont combattu sous le drapeau tricolore. D’autres ont bâti ses villes, travaillé dans ses mines et soigné ses malades. Mais dans le récit qu’on nous sert, tout cela disparaît au profit de préjugés. Nous sommes médecins, enseignants, chauffeurs, commerçants, ouvriers. Pendant la pandémie, quand le pays était à l’arrêt, nous étions au front. Aujourd’hui, certains nous peignent comme une menace. Comme si, après avoir donné notre sueur et parfois notre vie, nous devrions encore prouver notre droit d’exister ici. Les chiffres officiels ne valident pas les fantasmes: aucun lien direct entre nationalité et criminalité. Ce qui alimente la violence, ce sont les inégalités et l’exclusion. Mais reconnaître cela demande du courage politique, et la peur, elle, se vend plus facilement. La République m’a appris «Liberté, Égalité, Fraternité». Ces mots deviennent creux si on décide qu’ils ne s’appliquent pas à tous. Je suis français, mes enfants sont français. Nous partageons l’histoire de ce pays, avec ses joies, ses luttes et ses blessures. Nous ne demandons pas de traitement spécial: seulement que notre appartenance ne soit plus conditionnelle. Nous avons donné la parole au vice-président de l’Association «La Diaspora des Algériens Résidents à l’Étranger», M. DOUIDI Otman: «De nombreux citoyens nous saisissent chaque jour. Nous avons aujourd’hui le sentiment que l’on nous pousse vers la sortie, comme si la France n’avait plus besoin de ses ressortissants algériens. C’est pourquoi nous appelons le président de la République algérienne à ouvrir, dans chaque préfecture d’Algérie, un bureau dédié à l’immigration, pour les démarches administratives avec des personnes compétentes parlant plusieurs langues, ainsi que pour l’investissement, comme cela a été demandé au wali de Mostaganem, M. Ahmed BOUDOUH, que nous souhaitons voir devenir la wilaya pilote. Notre objectif est de permettre à celles et ceux qui le souhaitent, y compris les binationaux, de venir s’installer et investir en Algérie, où ils seront les bienvenus. «En France, nous subissons un contrôle permanent, y compris dans des démarches simples comme une demande bancaire. Le pays a été condamné par la Cour européenne pour le délit de faciès, et pourtant ces pratiques persistent. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ne se sentent plus tranquilles. Alors, à ceux qui veulent tenter l’aventure, nous disons: l’avenir est en Algérie, dans cette Algérie nouvelle qui s’ouvre à ses enfants du monde entier».


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