C’est une bataille chiffrée, implacable, qui se joue sur le territoire algérien. Les bilans des services de sécurité nationale, de la Gendarmerie et des Douanes dressent le même constat : la lutte contre le trafic de drogue ressemble à Sisyphe poussant son rocher. Le deuxième trimestre de l’année en cours a vu la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) frapper fort : 2,6 tonnes de cannabis, 5,5 millions de comprimés psychotropes, 100 kilos de cocaïne et près d’un kilo d’héroïne ont été retirés du marché. Dans la foulée, 9 686 personnes ont été arrêtées à travers le pays. Une démonstration de force, certes, mais aussi l’aveu d’un fléau profondément enraciné. L’année 2024, elle, a été marquée par une avalanche de saisies tous corps confondus : 40 tonnes de résine de cannabis, 631 kilos de cocaïne et 25 millions de comprimés psychotropes, selon l’Armée nationale populaire. Les Douanes, de leur côté, annonçaient 8,5 tonnes de kif, 570 kilos de cocaïne et 11 millions de comprimés hallucinogènes. Quant à la Gendarmerie, son bilan évoque 26 tonnes de cannabis, 10 millions de comprimés et 148 kilos de cocaïne. Des chiffres qui donnent le vertige et qui disent tout de l’ampleur du marché. Face à cette hémorragie, la riposte judiciaire se durcit. La nouvelle loi 25-03 autorise désormais la publication des photos et identités complètes des trafiquants, une mesure inédite dans l’histoire législative du pays. Le cas emblématique reste celui d’août dernier, avec la saisie de 235 466 comprimés d’ecstasy et l’incarcération de cinq suspects dont les visages ont été affichés publiquement. Une manière d’exposer la criminalité et d’envoyer un signal de fermeté. Mais au-delà de la répression, le gouvernement prépare une «stratégie nationale multidimensionnelle 2024-2029», destinée à réduire l’offre et la demande. Prévention dans les écoles, prise en charge des toxicomanes, durcissement des peines, coopération internationale : Alger entend conjuguer fermeté et accompagnement. Car derrière ces chiffres titanesques, il y a un enjeu vital : protéger une jeunesse de plus en plus exposée. Les statistiques révèlent une hausse de 15 % de la consommation de psychotropes chez les moins de 25 ans en 2024. Et pour les autorités, la drogue n’est pas seulement un problème de santé publique, mais un danger direct pour la sécurité nationale, alimentant réseaux criminels et instabilités régionales. Dans cette guerre de longue haleine, chaque kilo saisi est une victoire, mais chaque comprimé en circulation reste une menace.