Hamas accepte la trêve, Israël hésite

A Gaza, la guerre n’a plus de saisons. Elle dure, s’étire, se répète dans une spirale sans fin. Pourtant, lundi, un souffle d’espoir a traversé les ruines: le Hamas a annoncé accepter une proposition de trêve de 60 jours, assortie d’une libération partielle d’otages. L’initiative, portée par l’Égypte, le Qatar et soutenue par Washington, place désormais la décision dans les mains d’Israël. Le directeur du renseignement égyptien l’a dit sans détour: «La balle est dans le camp israélien». Mais sur le terrain, la réalité continue d’écraser les corps et les consciences. Dix-neuf Palestiniens ont été tués lundi dans de nouveaux bombardements. Dans les camps surpeuplés de Gaza-ville, la famine s’installe: l’ONU estime qu’un demi-million de personnes sont «au bord du gouffre», tandis que 320.000 enfants de moins de cinq ans risquent la malnutrition aiguë. Amnesty International accuse Israël de mener une «campagne de famine délibérée», accusation que l’État hébreu rejette. Les familles survivent avec quelques denrées de base, des galettes de farine et de l’eau saumâtre. Dans ce décor apocalyptique, l’offensive israélienne se prépare à pénétrer encore plus profondément dans la ville de Gaza. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu martèle qu’il n’acceptera qu’un accord garantissant la libération immédiate et totale des otages. Indirectement ou directement, il veut que la guerre continue. Son allié américain, Donald Trump, renchérit: «Le Hamas doit être détruit». Pourtant, les chiffres rappellent une tragédie commune: 49 otages demeurent captifs, tandis que plus de 62.000 Palestiniens ont péri depuis octobre 2023. À Tel Aviv, la contestation enfle. Dimanche soir, près de 400.000 personnes se sont rassemblées pour réclamer la fin de la guerre et le retour des captifs. «Pas de vie normale avant le retour de tous les otages», scandaient les manifestants, brandissant les portraits de leurs proches. Haaretz a salué «le jour où le peuple a lancé un cri». Même les journaux proches du pouvoir n’ont pu ignorer l’onde de choc provoquée par cette marée humaine. Côté palestinien, la faim, les déplacements et la peur des frappes. Côté israélien, l’angoisse des otages et la colère d’une société fracturée. Entre eux, une proposition fragile, à la fois trêve et test de sincérité. La paix, pour l’instant, demeure un horizon incertain. Mais la pression populaire, la lassitude des familles, la détresse humanitaire pourraient bien, cette fois, forcer les dirigeants à écouter ce cri commun: assez de morts, assez de faim, assez de guerre.


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