Depuis quelques semaines, les îles Baléares sont devenues le théâtre d’une arrivée massive de migrants, au point que certains responsables politiques parlent déjà d’une «nouvelle crise migratoire». Rien que depuis lundi dernier, plus de 600 personnes ont atteint Majorque, Ibiza et Formentera à bord d’une trentaine de pateras, une intensité inédite selon le délégué du gouvernement, Alfonso Rodríguez, qui parle de «l’une des arrivées les plus intenses jamais enregistrées en si peu de temps», rapporte El País. Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Depuis janvier, 4.187 migrants ont débarqué sur l’archipel, dont une large majorité d’Algériens et de Subsahariens, d’après la délégation du gouvernement, indique Okdiario. Un bond de près de 100 % par rapport à l’année précédente, confirmant que la route algérienne supplante désormais d’autres corridors maritimes traditionnels. Selon Hoy Aragón du 1er août 2025, les Baléares pourraient franchir le seuil des 11.000 arrivées d’ici la fin de l’année, presque le double de 2024. Cette pression migratoire se reflète dans les témoignages des harraga algériens. À Palma, un jeune exilé explique avoir déboursé 1.700 euros pour la traversée depuis Oran, endurant deux jours de mer, la faim et la soif, avant d’atteindre Majorque comme relayé par Reuters. Comme lui, des milliers d’Algériens sans papiers espèrent trouver en Espagne la porte d’entrée vers l’Europe, quitte à risquer leur vie sur une route que l’ONG Caminando Fronteras qualifie de «plus périlleuse que celle vers la Péninsule». Face à cette vague, la présidente du gouvernement baléare, Marga Prohens, hausse le ton: «Où est le gouvernement de Pedro Sánchez?», s’indigne-t-elle sur X, accusant Madrid de «détourner le regard». Elle réclame plus de moyens pour la police et une coopération renforcée avec Alger, à l’image de l’accord conclu avec la Mauritanie en mars dernier. Du côté des forces de l’ordre, le syndicat Jupol, majoritaire dans la police nationale, va encore plus loin. Il plaide pour des accords de réadmission avec l’Algérie, le Maroc et le Sénégal, afin de permettre une «dévolution automatique» des migrants irréguliers. Une mesure qui, selon lui, mettrait fin à «l’effet d’appel» et soulagerait des policiers confrontés à une «pression opérationnelle insoutenable». À l’heure où l’Espagne se félicite d’une baisse globale des arrivées irrégulières, les Baléares apparaissent comme l’angle mort de la stratégie migratoire nationale. Et au centre de cette équation, les Algériens sans papiers deviennent, malgré eux, au centre d’une nouvelle polémique.