Chaque nouveau rapport onusien ajoute une strate à l’horreur déjà bien documentée de Gaza. Samedi, c’est l’UNRWA qui a tiré la sonnette d’alarme: plus d’un million de femmes et de filles y sont désormais directement menacées par la famine. Derrière les chiffres, une réalité insoutenable: sortir chercher de l’eau ou du pain peut signifier ne jamais revenir, tant les bombardements et les tirs sont constants. Depuis des mois, l’enclave vit sous blocus total. Depuis le 2 mars, Israël a fermé ses points de passage, bloquant des milliers de camions humanitaires aux frontières. Une enclave de 2,4 millions d’habitants est ainsi poussée vers la famine, sous les yeux impuissants — ou résignés — de la communauté internationale. Le Programme alimentaire mondial avait déjà averti: un tiers des habitants reste parfois plusieurs jours sans rien manger. Désormais, ce n’est plus l’exception mais la norme. Les conséquences sont effroyables. Plus de 135.000 blessés, 61.900 morts, un système de santé inexistant et des conditions de vie intenables. L’ONU rapporte que plus de 83 % des personnes handicapées ont perdu leurs appareils fonctionnels; huit personnes âgées sur dix manquent de médicaments. Chaque jour, une dizaine d’enfants perdent un membre. Ce sont des chiffres d’apocalypse, dans un territoire exsangue où les températures dépassent 40°C. Face à ce désastre, les annonces israéliennes résonnent avec un étrange décalage. L’armée a fait savoir qu’elle allait reprendre la distribution de tentes et d’abris, en prévision du « transfert » des civils vers le sud de la bande. Déplacement forcé, «relocalisation» — les termes varient, mais l’idée reste la même: vider certaines zones, concentrer la population ailleurs. Israël affirme agir pour la sécurité des civils; les Nations unies y voient une nouvelle étape dans une stratégie de déplacement massif. Sur le plan judiciaire, le contraste est saisissant: la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahu et Yoav Gallant pour crimes de guerre, tandis que la Cour internationale de Justice examine la plainte pour génocide. Mais ces procédures semblent lointaines, presque abstraites, face à la faim immédiate et aux corps mutilés. À Gaza, le présent ne se conjugue pas au futur. Il se vit dans l’urgence, dans la survie au jour le jour. L’ONU appelle à une levée du blocus et à un afflux massif d’aides humanitaires. Mais à mesure que les jours passent, la question se resserre: combien de temps un peuple peut-il tenir dans ce qu’un responsable onusien décrit comme «un enfer dans l’enfer»?