Dix jours. C’est le temps qu’auront tenu les diplomates de 185 gouvernements au Palais des Nations à Genève, avant de constater l’évidence : aucun traité mondial sur la pollution plastique ne verra le jour cette fois-ci. Le verdict est tombé vendredi matin, porté par la voix amère du représentant norvégien: «Nous n’aurons pas de traité ici à Genève», rapporte l’AFP. Ce revers survient alors que l’urgence n’a jamais été aussi criante. En 1950, la planète produisait 02 millions de tonnes de plastique par an. Aujourd’hui, c’est 450 millions et l’OCDE prévoit plus d’un milliard en 2060, avec moins de 10 % recyclés. Les micro-plastiques envahissent océans et sols, s’infiltrent dans notre sang, perturbent nos organes vitaux et coûtent à la santé publique mondiale quelque 1.300 milliards d’euros par an. La fracture diplomatique est nette. D’un côté, les «ambitieux» – Union européenne, Canada, Australie, États insulaires et plusieurs pays d’Afrique et d’Amérique latine – plaidaient pour limiter la production mondiale et interdire les molécules les plus toxiques. De l’autre, un bloc pétrochimique – Arabie saoudite, Russie, Iran, pays du Golfe, rejoints par les États-Unis et la Malaisie – s’opposait à toute contrainte sur la production issue d’hydrocarbures. Leur argument? Défendre leur «droit au développement industriel» et recentrer le traité sur le recyclage. Mais derrière les postures, un enjeu stratégique se dessine. Avec le ralentissement attendu de la demande pétrolière dans les transports, le plastique apparaît pour ces pays comme un débouché de substitution. En 2022, 98 % de la production mondiale de plastique provenait de matières fossiles, selon les travaux de l’Université Tsinghua. L’Arabie saoudite en a même fait un pilier de son plan Vision 2030. À Genève, les propositions de compromis du président de séance, l’Équatorien Luis Vayas Valdivieso, ont défilé sans convaincre. Deux versions en 24 h, plus d’une centaine de points à éclaircir et un texte jugé trop timide par les «ambitieux». Les coulisses bruissaient de la présence des lobbys pétrochimiques, déjà omniprésents lors de l’échec de Busan en 2024. Pour Greenpeace, l’échec est un «signal d’alarme pour le monde» : «Une poignée d’acteurs mal intentionnés ont réduit à néant cette ambition». Pendant ce temps, 15 tonnes de plastique continuent d’être déversées chaque minute dans l’océan. L’histoire retiendra peut-être que Genève 2025 fut le Sommet où l’on parla santé, biodiversité et climat… mais où l’on préféra encore différer l’action. Au risque, un jour, que ce plastique finisse par étouffer non seulement nos mers, mais nos diplomaties.