Il y a des catastrophes qui crient et d’autres qui meurent en silence. Le Soudan, lui, hurle dans un désert d’indifférence. Deux ans après l’explosion d’un conflit fratricide entre les Forces armées soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan et les paramilitaires des Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo, le pays est devenu, selon l’ONU, la plus grande crise humanitaire du monde. Edem Wosorno, directrice des opérations au Bureau de la coordination humanitaire des Nations unies (OCHA), a lancé un cri d’alarme : 30 millions de Soudanais ont besoin d’une aide urgente. Khartoum, autrefois vibrante, n’est plus qu’une ville fantôme. «Ce que j’ai vu, est horrible», confie-t-elle. Et pourtant, pour intervenir, l’ONU ne demande «que 55 centimes par jour et par personne». Sur le terrain, les chiffres donnent le vertige : plus de 20.000 morts recensés mais sans doute bien davantage. 15 millions de déplacés, ballottés entre l’exil et des camps surpeuplés et désormais, la famine et les épidémies en embuscade. À El-Fasher, capitale assiégée du Nord-Darfour, 63 personnes sont mortes de malnutrition en une seule semaine, la plupart des femmes et des enfants. Dans le camp de Zamzam, 25.000 déplacés survivent sous la menace constante des combats. Comme si la guerre ne suffisait pas, le choléra frappe à présent. Dans le camp tchadien d’Iridimi, les réfugiés n’ont pas accès à l’eau potable ni aux sanitaires. Plus de 100.000 cas ont été recensés depuis juillet, alerte l’OMS. Les décès s’accumulent, contraignant le HCR à suspendre les relocalisations pour tenter d’endiguer l’épidémie. Ce drame, Anne Applebaum l’a décrit comme « le conflit le plus nihiliste de la Terre ». Le Soudan est aujourd’hui un État pulvérisé : institutions effondrées, seigneurs de guerre gavés par des parrains régionaux, loi du plus fort comme seul horizon. Mais la guerre n’est silencieuse que parce que nous nous bouchons les oreilles. Washington, Paris, Londres : partout, l’aide humanitaire recule, les financements se tarissent et les discours se noient dans la géopolitique. Le Soudan n’est pas seulement en train de sombrer; il a déjà touché le fond. Il ne lui reste plus que des millions de vies suspendues à l’hypothétique réveil d’une communauté internationale qui, pour l’instant, préfère détourner le regard. Et dans ce silence, chaque jour qui passe, devient un jour de trop.