L’Algérie à l’ère du photovoltaïque

En six mois, l’Algérie est passée de la timidité au sprint solaire. Entre janvier et juin 2025, le pays a importé 850 MW de panneaux photovoltaïques chinois. Une progression vertigineuse quand on sait qu’un an plus tôt, le compteur affichait à peine… 10 MW sur la même période. Ce bond, révélé par la plateforme spécialisée Attaqa, illustre un changement d’échelle et de rythme dans la transition énergétique algérienne. Car pour l’instant, le mix électrique national reste écrasé par le gaz naturel, qui représente près de 99 % de la production. Un choix hérité, rentable hier, mais devenu vulnérable face aux fluctuations du marché et aux impératifs climatiques. L’État a fixé un cap : 15 000 MW de capacités renouvelables d’ici 2035, dont un premier palier de 3 000 MW via 20 centrales solaires supervisées par Sonelgaz. Les chantiers se multiplient. Depuis 2024, quatre centrales ont été lancées, totalisant plus de 650 MW. En parallèle, une unité de 80 MW sur 160 hectares a démarré au premier semestre 2025, avec une mise en service prévue début 2026. L’Algérie part de loin : fin 2023, elle ne comptait que 600,9 MW d’énergies renouvelables, dont moins de 400 MW photovoltaïques. Mais les tendances s’inversent. Derrière les mégawatts importés se profile aussi une ambition industrielle. Les autorités exigent désormais un taux d’intégration nationale d’au moins 30 % pour certains projets, misant sur la fabrication locale de panneaux, chauffe-eaux solaires et composants. Le Commissariat aux Énergies Renouvelables et à l’Efficacité Énergétique recense déjà plus de 2 300 professionnels formés entre 2020 et 2023. La transition ne se joue pas qu’à Pékin. Berlin aussi est sur la ligne de départ. Le 23 juillet, une délégation de l’Association fédérale allemande de l’industrie solaire (BSW Solar) a rencontré le secrétaire d’État Nourredine Yassaâ. Au menu : transfert de technologies, projets pilotes en hydrogène vert, développement du stockage et raccordement à des réseaux intelligents. Le tout dans le cadre du projet TaqatHy+, feuille de route commune scellée dès 2024. Reste l’évidence : avec un Sahara qui couvre 86 % de son territoire et 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie détient un des gisements solaires les plus vastes au monde — l’équivalent énergétique de 37 000 milliards de m³ de gaz par an. Un capital inépuisable, à condition de transformer l’essai. Le pays a enclenché la manette accélérateur ; il lui reste à tenir la cadence pour que la lumière du soleil prenne enfin le pas sur l’ombre du gaz.


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