Sur les écrans du Chicago Board of Trade, le graphique du blé ressemble à une longue descente sans fin. Ce lundi, le contrat de septembre a encore perdu du terrain, terminant à 5,08 dollars le boisseau – un plancher inédit depuis cinq ans, rapporte Reuters. Le maïs n’échappe pas à la spirale baissière, inscrivant lui aussi des records… à l’envers. En cause: un trop-plein d’offre qui noie littéralement la demande. Les chiffres de l’USDA parlent d’eux-mêmes: les stocks mondiaux de céréales continuent d’enfler, gonflés par des rendements américains exceptionnels. Dans le Midwest, la météo a joué les alliés: 73% des cultures de maïs sont jugées « bonnes à excellentes». «Le blé est en quête de demande», résume avec ironie Brian Basting, analyste chez Advance Trading. À l’Est, la Mer Noire reste une place forte. La Russie, malgré une révision à la baisse de sa production à 83,3 millions de tonnes (– 300.000 t, selon SovEcon), continue d’inonder les marchés grâce à de bons rendements dans les régions centrales et de la Volga. «La baisse en Russie et en Ukraine pourrait soutenir les prix, mais elle est noyée par l’abondance globale», tranche Andreï Sizov, directeur de SovEcon. Le problème n’est pas seulement du côté des greniers, mais aussi des acheteurs. La Chine, premier importateur mondial, revoit à la baisse ses achats de maïs: - 5,1 millions de tonnes prévus pour la campagne 2025/26. Dans le même temps, le climat diplomatique entre Washington et Pékin, le dollar hésitant et des taux d’intérêt élevés refroidissent les ardeurs. «La morosité économique pèse sur les flux», confirme Tom Fritz, courtier chez EFG Group. En Europe, la tonalité n’est guère plus optimiste. Sur Euronext, le blé meunier recule à 197 €/t, flirtant avec ses plus bas depuis mars 2024. En Ukraine, les retards logistiques font chuter de 55% les exportations de maïs en juillet, un coup dur pour un pays qui reste un acteur majeur malgré la guerre. À court terme, les analystes prévoient un plancher technique autour de 190-200 €/t pour le blé européen. Mais dans ce marché où chaque prévision peut être balayée par un coup de vent sur les plaines américaines, l’incertitude reste reine. «Tout dépendra du climat et des choix politiques», confie un trader parisien. D’ici là, les agriculteurs continuent de moissonner… et d’attendre des jours meilleurs. Dans cette partie d’échecs planétaire, c’est la demande - et peut-être la météo - qui détient la prochaine pièce maîtresse.